laos, le pays des millions de sourires Index du Forum
  laos, le pays des millions de sourires Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

La guerre du Viêtnam( et du Laos)

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     laos, le pays des millions de sourires Index du Forum -> DECOUVRIR LE PAYS -> Histoire
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Ven 22 Jan - 14:58 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

message de Jeanjean:

Dès janvier 1953, les bombardements demandés par Torri Vert s'éloignent de plus en plus de NA SAN, prouvant que l'étreinte Viet Minh s'était bien relâchée. Le potentiel de la 8F réservé à cette opération diminue en conséquence. Il ne reste bientôt plus que deux appareils et leurs équipages à Haïphong. 
En fait, le Viet Minh a abandonné le siège vers le mois de mars pour foncer vers le Laos. C'est le début de la décevante opération de la Plaine des Jarres. Les deux Privateer du Tonkin y ont participé du début jusqu'à la fin. 
Au début (de janvier à mai 1953), cela se traduit par des bombardements de dépôts et de cantonnements ennemis, sur les bases où ils sont estimés s'être repliés après avoir abandonné la partie de NA SAN. Ces missions ont surtout lieu dans les alentours de Moc Chau et Yen Chau. Missions décevantes par excellence. L'objectif, neuf fois sur dix, est représenté, sur le strip photo remis au briefing, par un petit cercle à l'encre rouge enfermant un certain nombre d'arbres au milieu d'une forêt ou un petit coin de rizière au milieu de l'immensité d'un marécage. Que les bombes tombent pile au but ou qu'elles tombent à 500 mètres à côté donne exactement le même résultat: des explosions de bombes, sans plus, quand bien même le point attaqué est censé représenter un dépôt d'essence ou de munitions; les deux équipages abandonnés dans le nord commençent à douter sérieusement de la valeur des renseignements. 
Pour le premier trimestre, les équipages effectuent 151 sorties opérationnelles en 555 heures de vol dont 300 de nuit; 80 vols non opérationnels dont 8 de nuit, soit 635 heures de vol au total dont 308 de nuit. 
Et, comme toujours en Indochine, le drame se déclencha brutalement après des mois d'indices angoissants mais jamais recoupés par un renseignement sérieux et valable. 

Poste de pilotage
La tactique utilisée par l'adversaire fût d'ailleurs fort astucieuse: ils avaient laissé derrière eux des représentant presque isolés des différentes unités engagées à NA SAN. Ces éléments n'avaient qu'une seule consigne en cas de capture par les forces françaises: dire tout simplement la vérité. C'est ainsi que nos troupes capturaient dans le secteur de Yen Chau et de Moc Chau des prisonniers de telle ou telle division.
L'interrogatoire semblait confirmer la chose, et pour cause puisque les prisonniers appartenaient effectivement à ces unités. Par ailleurs, des indices impondérables mais certains semblaient prouver que les divisions en question auraient logiquement dû se trouver ailleurs; en particulier ces indices qui semblaient prouver plus qu'un pourrissement rapide des alentours de Sam Noua. Cependant, faute de preuve valable, il n'en fut pas tenu compte, et il n'y avait que quelques jours que la nouvelle piste de cette localité avait été achevée et ouverte aux avions lorsque la retraite précipitées de la garnison s'impose, en mai 1953.  Cette retraite dont on parla fort peu fut en fait une opération extrêmement difficile et nous coûta vraisemblablement très cher (Colonne Maleplate). Cette colonne passe de Sam Neua à Xieng Khouang, c'est à dire du Haut Tonkin au Laos, au prix des pires difficultés, par ce que les autochtones eux mêmes ont nommé: les Portes de l'Enfer, ce qui représente tout un programme de la part d'un Méo. 
D'un autre côté, une seconde force Viet Minh descend du nord du Haut Tonkin, en suivant l'axe Lai Chau, Dien Bien Phu, Xieng Khouang. En outre, le Haut Commandement redoute une action axée le long de la R.C.7 depuis le fief Viet Minh de Vinh jusqu'au Laos.
Tout ceci nécessitait un travail considérable de la part de l'aviation, qu'elle fut de la Marine ou de l'Armée de l'Air.  
Du 22 avril au 6 mai, les Privateer opèrent en opérations de " va et vient " entre Haïphong et Tourane. Peu de missions sont effectuées à cause des mauvaises conditions atmosphériques: bombardement d'un dépôt près de Thai-NGuyen (destruction à 60%) et d'un autre à Moc Chau (destruction à 80%).
Le 15 mai, un appareil effectue une mission de bombardement en appui direct très rapproché du poste de Muong Khoua qui résistait depuis le début de l'invasion. Deux missions de protection du PASTEUR sont également réalisées.  

Une patrouille au retour de mission
Trois types de missions sont alors indispensables:  
  • Tout d'abord, positionnement de la colonne Maleplate. Il est impératif - ne fut ce que pour ne pas bombarder les troupes amies - de repérer quotidiennement les gens qui sont perdus quelque part entre San Neua et Xieng Khouang et dont on n'a pas d'autres nouvelles que les contacts radio qu'ils réussissent à établir de temps à autre avec les avions qui les survolent. Ceci représente une véritable acrobatie à laquelle tout ce qui vole au Tonkin prend part. Encore cette colonne fut elle perdue des jours et des jours durant, faute de moyens de liaison avec les forces aériennes. Un chamelier isolé dans le désert de Mauritanie se voit plus loin et bien mieux qu'une bande de 1000 hommes faisant des signaux tous ensemble à un avion dans le secteur où erre cette colonne.  
  • Ensuite, il faut appuyer les postes isolés aux confins du Laos et du Haut Tonkin. Ceux-ci sont peu à peu submergés par le flot Viet Minh déferlant du nord et doivent, soit capituler, soit se replier comme ils le penvent vers le Sud, vers le havre du camp retranché de la Plaine des Jarres.  
  • Enfin, pour parer à l'attaque surprise redoutée par le Commandement le long de la R.C.7, il faut exercer une surveillance continuelle de cet axe, et la nuit en particulier. Le Privateer est visiblement l'avion rêvé pour ce genre de missions: lui seul peut faire le tour de ce vaste théâtre d'opérations quelle que soit la météo et en emportant de plus une charge de bombes non négligeables.  

Par une coïncidence fâcheuse, la piste de Cat Bi est lors en réparation sur toute sa longueur: seule la moitié, en largeur, reste utilisable. Comme cette largeur totale est inférieure à 50 mètres, la moitié constitue un mince ruban tout juste suffisant pour les Privateer. C'est pour cette raison que tout mouvement de nuit autre que ceux justifiés par des nécessités opérationnelles urgentes sont interdits. En conséquence de quoi, presque tous les soirs, un Privateer décolle de Cat Bi au crépuscule, fait une incursion dans la région de Sam Neua, remonte vers le secteur de Dien Bien Phu, lançant au passage un petit bonjour aux troupes qui se trouvaient toujours à NA SAN, puis vire franchement au sud, ralliait Xiong Khouang. Après avoir éventuellement bombardé au profit du camp retranché de la Plaine des Jarres, il redescend la R.C. 7 par Cua Ran. En arrivant dans la région de Vinh, si personne n'a utilisé les bombes - et si, évidemment, ordre en a été donné -, il effectue un bombardement au radar sur Phu Dien Cho et va atterrir à Tourane. Il est alors, en général, deux ou trois heures du matin. 
La nuit suivante, à partir de minuit, le même équipage repart sur l'itinéraire inverse, pour se poser à Haïphong après le lever du soleil. 
Au cours d'une de ces missions, un des équipage eut une bonne émotion: en descendant de Haïphong vers Tourane, il arrive sur la côte de Vinh sans que personne n'ait utilisé ses bombes: 20 bombes de 260 livres Frag. équipées de fusées V.T.
Or, le bombardement radar de service sur Phu Dien Cho figure au programme. Ce qui ne figure par contre pas à ce programme, c'est le fonctionnement intempestif, des fusées V.T.; par suite d'une erreur de réglage au sol. L'avion est à environ 8000 pieds, survolant une couche continue d'alto stratus sise à 1000 pieds plus bas. La première bombe explose quelques secondes après avoir quitté les soutes, la fusée s'étant trouvée armée presque immédiatement et ayant fonctionné sur l'écho des nuages. Comme l'intervalle affiché est l'intervalle maximum, le temps est long, à bord, en attendant l'explosion de la vingtième bombe. Et, sans faillir, pour une fois, les vingt fusées V.T. ont fonctionné, vingt fois de suite, l'avion fait des bonds de cabri sur ses propres explosions. Et, vingt fois de suite, tous les membres de l'équipage se remémorent le nombre de milliers de pieds considéré comme dangereux avec une bombe de ce type ainsi gréée d'une fusée de proximité.
Dieu merci, tout se termina le mieux du monde et les armuriers se jurent bien de se plonger sans tarder dans les arcanes de la mise en oeuvre de la fusée ANM 122 à anneau. 
Ces missions sont longues, fastidieuses et très régulièrement difficiles. A ce régime, démarré depuis NA SAN, les équipages acquièrent rapidement un excellent entraînement au vol de nuit. Suivre, des heures durant, le tracé d'une route remontant depuis les côtes d'Annam jusqu'au coeur des Lacs, remonter vers la Haute Région - dont les cartes étaient presque inexistantes - et regagner finalement Haïphong, le tout à l'estime contrôlée par quelques renseignements arrachés à l'obscurité tient de l'exploit. Car les moyens de navigation sont pratiquement nuls.
Durant son existence éphémère, la Plaine des Jarres s'est régulièrement distinguée par la quasi inexistence des moyens radios sérieux, même à la verticale. Quant à "l'astre", la très faible longueur des branches à parcourir et la météo régulièrement mauvaise suffit à supprimer toute velléité d'y recourir. A tous les briefings, la même phrase-clé revient, comme un leit-motiv: ciel de convergence sur le Laos et sur la Haute Région. Et les équipages savent qu'une nuit de plus, il va falloir jouer avec les " cunimbes ". C'est à l'occasion de ces missions, d'ailleurs, que la flottille fait connaissance avec un coin particulièrement bien servi, précisément en ce qui concerne les cunimbes: Dien Bien Phu. Nul ne se doute alors de ce qui va se passer moins d'un an plus tard dans cette cuvette généralement balisée de très loin par une enclume imposante. 

Le travail incessant du radio
Aussi, après avoir volé durant la moitié de la nuit au-dessus de ces contrées pratiquement inexplorées et parfaitement inhospitalière, l'arrivée sur le Delta, à l'aube revêt une signification toute particulière. A l'heure où les objets du bord commençent à devenir plus précis, où tout ce qui n'était pas éclairé émerge peu à peu des ténèbres, lorsque le navigateur commençe à envisager d'écrire: Fin du vol de nuit sur son journal de bord. La VHF, qui est restée muette bien qu'en route la quasi totalité du vol, commençe à s'animer: cela commençe en fait très longtemps avant le moindre son intelligible, le souffle des porteuses prouve que l'on se rapproche du Delta. Puis ce sont les monologues: les appareils en l'air, trafiquant avec le contrôle ou les opérations sont évidemment entendus bien avant que l'on entende le sol. Et cela crée un lien précieux avec le sol. En même temps qu'il sort des ténèbres, l'avion quitte la montagne hostile et sa solitude pour retrouver la plaine et le contact avec ses semblables. Nombreux sont ceux qui ont compris, comme cela, quelque part entre le Nam Ou et Ba Vi, combien la VHF peut être une chose merveilleuse. 
Les équipages - ils étaient toujours au nombre de deux - triment durement. En dehors du fait de dormir normalement une nuit ou deux seulement par semaine, s'ajoute la fatigue due à l'altitude. Toute les missions s'effectuent entre 10000 et 14000 pieds, en partie à cause du relief très incertain et en partie à cause de la météo. Or, il n'y a alors pas d'oxygène à bord des Privateer. Il n'y en aura que pour Dien Bien Phu. 

Le 28F 9 dévoilant ses nombreuses mitrailleuses
Le Privateer devint rapidement le Saint-Bernard du GATAC nord. C'est ainsi que ....; c'est le 14 mai 1953. le poste de Muong Khoua, sur le Nam Ou, est en train de succomber et a lancé un appel désespéré. Il est 18 heures locales lorsque l'équipage du Privateer arrive au briefing pour la mission de nuit. Le chef des opérations de Cat Bi est justement en train de téléphoner au Général commandant les opérations du GATAC nord à Hanoï. Il lui explique que les conditions météo rendent impensables toute tentative de secours au bénéfice du poste de Muong Khoua:
" Pensez donc, mon Général, dit-il: ici, il y a 100 pieds de plafond. C'est pareil sur tout le Delta. Sur toute la Haute Région, il y a 6 à 8 huitièmes de cumulonimbus. Et pas de col à moins de 14 à 15000 pieds. J'ai là un B-26 qui vient d'atterrir, en provenance de Tourane. Il a essayé de faire la mission mais n'a même pas pu trouver le poste ". "Non, mon général, il faudrait un super équipage pour arriver sur ce poste après des centaines de nautiques de slalom entre les cunimbes et sans le moindre recalage". 
C'est alors qu'il s'avise de la présence du Privateer. Il poursuit aussitôt, sur sa lancée : " attendez, mon Général. Il y a là un Privateer qui va partir en mission de nuit. On va l'y envoyer. Si lui ne réussit pas, ce n'est pas la peine d'insister ". 
Le Privateer décolle: il trouve, en effet, la météo qu'on lui avait promise; il fait des détours qui l'amènent pratiquement jusqu'en Chine, réussit cependant à passer à 14000 pieds et arrive sur Muong Khoua - ce qui n'était déjà pas si mal - mais poussant la coquetterie jusqu'à être à l'heure: aux environs de 23 heures locales pour être précis.
Un bombardement en appui direct - à 12000 pieds, et dans les barbelés du poste est assez précis pour dégager le poste momentanément. 
Hélas, le lendemain soir, le Privateer, en panne à Tourane, ne peut revenir. Comme personne d'autre ne s'est dérangé, le poste tombe. Il y a d'ailleurs des rescapés, récupérés 6 à 8 mois plus tard. Et cela a fait chaud au coeur des membres de l'équipage de la nuit du 15 mai lorsque, sur les antennes de la radio, un des rescapés a confié qu'ils avaient pu tenir un jour de plus grâce à l'aide efficace d'un B-26 de l'Armée de l'Air la fameuse nuit du 14 au 15 mai !!


Dernière édition par Pat le Mar 23 Fév - 06:49 (2010); édité 1 fois
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Ven 22 Jan - 14:58 (2010)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Ven 29 Jan - 17:29 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

La tristement célèbre guerre du Vietnam a aussi eue lieu au Laos! une guerre secrète car méconnue; le Laos était officiellement neutre ce qui n'a pas empéché la CIA de s'y installer dès 1959 alors que la guerre a débutée en 1964 jusqu'en 1973.
les bombardiers américains basés en Thailande avait pour consigne de ne pas revenir avec des bombes dans les soutes et ils ont largués sur le Laos près de 2 millions de tonnes de bombes!! le passage de la piste Ho Chi Minh à travers le pays était l'excuse idéale.
des études disent qu'il y a eu un larguage toutes les 8 minutes, 24h/24 pendant 9 ans! ce qui fait une demi tonne de bombes par habitant!
sous ce rapport, le Laos a été le pays le plus bombardé de toute l'histoire des guerres!!
sans oublier les quantitès de défoliants et herbicides déversés sur le pays!.
actuellement il y a encore des personnes qui meurent à cause de restes de cette guerre, il s'agit des engins non explosés, appelés bombi par les lao, la plus part du temps il s'agit d'enfants ou de chasseurs qui veulent récupérer la poudre à l'intérieur! le gouvernement a lancé de vastes campagnes d'informations mais les accidents restent nombreux et meme s'ils ne sont pas toujours mortels ,la gravités des blessures dans les conditions que l'on connait demeurent tout aussi dangeureuses!
c'est pourquoi il est assez risqué de s'aventurer n'importe ou, vaut mieux rester sur les sentiers fréquentés!

le sud du pays n'est pas épargné non plus, je l'ai découvert par moi meme, à Thateng ou j'avais trouvé un objet de la taille d'une balle de tennis mais métallique, il s'agissait d'une des ces fameuses bombi, une chance qu'elle ne m'ai pas explosée dans les mains!!


Revenir en haut
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Dim 21 Fév - 20:32 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant



Guerre du Vietnam : Hors-série 
Aspects de la guerre du Vietnam 
  
  
Les Leaders 

 

HÔ CHI MINH 
Fondateur et leader politique, des années durant, du Parti communiste indochinois, Hô Chi Minh, pseudonyme signifiant Celui qui donne la lumière, fut l'artisan de l'indépendance du Vietnam. 
Né Nguyen That Than en 1890, dans l'Annam, il quitta le Vietnam en 1912 pour aller travailler en France où il milita dans les rangs du Parti communiste.  Après une période d'études en U.R.S.S., il fonda, à Hong Kong en 1930, le Parti communiste indochinois.  En 1941, il fonda le Vietmînh, une organisation politico-militaire dont le but était la libération du Vietnâm. 
Adepte des enseignements de Mao, il mena, entre 1946 et 1954, une guerre de subversion contre la puissance coloniale française.  Victorieux en 1954, il parvint à instaurer un régime communiste au Nord-Vietnam et poursuivit la lutte, jusqu'à sa mort en 1969, pour conquérir le Sud et unifier le pays. 
A l'instar de bien des dirigeants autoritaires communistes, il fit preuve à maintes reprises de cruauté comme, par exemple, lors de l'écrasement de la révolte paysanne de Nghê San, en 1956, où plus de 6.000 personnes perdirent la vie. 
Malgré ses excès, il fut, et reste aujourd'hui, un héros aux yeux du peuple vietnamien. 


 


VO NGUYEN GIAP 
Né en 1912 dans l'Annam, Giap fréquenta les écoles françaises, puis l'université de Hanoï, et devint professeur d'histoire.  Fervent communiste, il rejoignit le Vietmînh et y dévoila ses qualités de chef militaire.  Il organisa la lutte contre la puissance coloniale française et fut l'artisan de la victoire de Dien Bien Phu.  Nommé ministre de la Défense du Nord-Vietnam, il dirigea la lutte contre le Sud et les Etats-Unis durant les années 6O et 7O.  Malgré l'échec de ses offensives majeures de 1968 (Têt) et 1972 (Mini Têt), il en tira un grand profit politique pour le Nord.  Il abandonna tout rôle publique après le milieu des années 70. 

 

WILLIAMS CHILDS WESTMORELAND 
Né en 1914 en Caroline du Sud, Westmoreland fut formé a l'Académie militaire de West Point et connut une promotion rapide durant la seconde guerre mondiale qu'il termina au grade de commandant.  Il passa ensuite à l'arme aéroportée et occupa de poste de commandement en Corée.  Il remplit ensuite diverses fonctions au sein de l'état-major, à Washington.  Possédant une grande expérience du commandement, de la gestion et des arcanes politiques, il fut nommé, en 1964, à la tête de l'état-major des conseillers américains au Vietnam.  Théoriquement commandant en chef au Vietnam, il hérita d'une situation politique et militaire critique et ne disposa jamais que de moyens limités plus proches de ceux d'un conseiller que d'un chef véritable.  Après l'engagement U.S. de 1965, il ne put exercer d'autorité sur les forces aériennes et navales, pas plus qu'il ne put contrôler les actions de la CIA. 
Jusqu'en 1967, Westmorland infligea cependant de sérieux revers au Vietcong grâce à la puissance de feu U.S. et à la mobilité qui résulta de l'emploi massif des hélicoptères. 
L'offensive communiste du Têt, en 1968, lui fit perdre toute crédibilité.  Remplacé au Vietnam en juin de la même année, il devint chef d'état-major de l'armée de terre U.S. et prit sa retraite en 1972.  Westmoreland s'éteignit dans une maison de retraite en 2005. 


 


CREIGHTON WILLIAMS ABRAMS JR 
Né dans le Massachusetts en 1914, Abrams sortit de West Point en 1936.  Promu chef de division, puis de corps d'armée, dans les années 60, il fut nommé au Pentagone et, en 1967, devint le second de Westmoreland au Vietnam.  A ce titre, il dirigea la "vietnamisation" de la guerre et organisa le désengagement militaire U.S.  Il remplaça Westmoreland à la tête de l'état-major des conseillers U.S. à Saigon au lendemain de l'offensive de Têt, en 1968.  Après le retrait U.S. du Vietnam, il remplaça Westmoreland, retraité, à la tête de l'état-major de l'armée de terre U.S.  Il mourut à ce même poste deux ans plus tard, en 1974. 

 

JEAN-BAPTISTE NGÔ DIÊM 
Né en 1901 dans une famille catholique aisée de la province de l'Annam, Diêm fut, en 1933, ministre de la Justice de la colonie française de Vietnam.  Par nationalisme, il renonça à ses fonctions et rejeta les tentatives d'approche du Vietminh et de la France après 1945.  Il vécu un temps aux Etats-Unis, puis dans un monastère en Belgique.  Il rejoignit le Vietnam en 1954 pour y occuper le poste de Premier ministre dans le gouvernement Bao Daï, dans les derniers mois du pouvoir colonial français.   
En qualité de Premier ministre, puis de président du Sud-Vietnam, il favorisa une politique d'affrontement avec les communistes.  En 1963, son système dictatorial et la répression des manifestations bouddhistes l'isolèrent totalement.  Victime d'un coup d'Etat de ses généraux, le 1er novembre 1963, il se réfugia dans le quartier chinois de Saigon, où il fut découvert et exécuté le lendemain.   La chute du dictateur, devenu gênant pour les Américains de par ses excès, ne perturba guère le pouvoir U.S. 


 


NGUYÊN VAN THIEU 
Né dans l'Annam en 1923, Thieu fut diplômé de l'Académie militaire vietnamienne en 1949 et fréquenta l'Ecole militaire U.S. de Fort Leavenworth en 1957.  En 1963, à la tête d'une division d'infanterie, il prit part au coup d'Etat contre Diêm.  En 1965 il renversa un autre militaire, le général Khanh, et fut nommé président du Comité directeur national.  A la suite des élections de 1967, il fut élu président du Sud-Vietnam avant d'être réélu en 1971.  A cette date, isolé, il tenta de sauver son pays malgré le départ des troupes U.S.  En 1975, lors de l'offensive finale des communistes, Thieu prit de désastreuses décisions militaires qui aboutirent à la chute de Saigon.  Dans les jours précédents la chute de la capitale, plus exactement le 21 avril 1975, Thieu renonça à ses fonctions et s'exila aux Etats-Unis où il mourut en 2001. 

 

NGUYÊN CAO KY 
Né aux abords d'Hanoï en 1930, Ky ne débuta son instruction militaire qu'en 1950, durant l'administration française.  Il reçut une formation de pilote et gravit rapidement les échelons de la hiérarchie après 1954.  Général de division en 1965, il aida Thieu à prendre le pouvoir.  Nommé Premier ministre il occupa le poste jusqu'en 1967 et prôna une politique de répression à l'égard des opposants.  En 1967, il devint vice-président de Thieu mais refusa de participer aux élections de 1971, accusant Thieu de les fausser.  Il reprit son poste de général des forces aériennes jusqu'à la chute du Sud en 1975.  Réfugié en Californie, il y ouvrit une épicerie.  En 2004 et 2005, Ky fut autorisé par le pouvoir communiste à visiter le Vietnam.  A cette occasion, il déclara vouloir oeuvrer au développement futur du pays. 
  


 

Les concepts de guerre 
  
  
Dans sa guerre contre la puissance coloniale française, puis contre les U.S.A., Hô Chi Minh appliqua un modèle stratégique de guerre révolutionnaire prôné par Mao Tsé-tung. 
La guerre révolutionnaire selon Mao comprenait trois phases bien distinctes : 
  1. Dans la première phase, des cadres communistes, infiltrés dans les villages, apportaient aux paysans une idéologie de lutte et de destruction des "ennemis de classe".  Chaque village se transformait ainsi en une nouvelle base d'où la doctrine communiste pouvait aussi se répandre. 
  2. La deuxième phase consistait à créer des unités militaires révolutionnaires afin de protéger les zones passées sous influence.  Grâce à leur connaissance du terrain, ces unités pouvaient, en peu de temps, mener des actions de guerilla contre les troupes gouvernementales. 
  3. Lors de la troisième phase, les unités de guérilla, expérimentées et plus lourdement équipées, se transformaient en unités régulières capables d'affronter l'armée adverse sur un champ de bataille classique. 
Ce modèle stratégique présentait donc trois formes de lutte - subversion, guérilla et guerre ouverte, et se montrait très souple.  En cas de défaite militaire conventionnelle, les unités communistes pouvaient revenir à une forme de guérilla afin d'épuiser les forces adverses, avant de reprendre la troisième phase de la lutte. 
  
Les Américains ne furent pas en reste et développèrent leur propre concept stratégique dit "Théorie des dominos". 
Dès le 19 janvier 1951, le président U.S. sortant, Dwight Eisenhower, aborda le sujet avec son successeur, John Kennedy.  Son idée était que la chute du Sud-Vietnam entraînerait celle du Laos, du Cambodge, de la Birmanie, des Philippines et, même, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande.  Eisenhower déclara ainsi : "Imaginez une rangée de dominos debout, si vous renversez le premier, vous pouvez être sûrs que le dernier ne tardera pas à tomber aussi". 
Eisenhower et Kennedy furent de grands partisans de cette théorie et lièrent leur politique étrangère à la survie du Sud-Vietnam.   
C'est ce concept qui détermina les Etats-Unis à intervenir massivement dès 1965. 
  
  
  
Le concept des hameaux stratégiques 
  
  
Lancé en mars 1962 par le président Diêm, le programme des hameaux stratégiques visait à concentrer les paysans sud-vietnamiens dans des lieux protégés de l'influence communiste. 
L'expérience fut désastreuse et creusa le fossé entre les paysans et le gouvernement.  Les raisons de l'échec furent multiples. 
D'abord, les paysans vietnamiens étaient des plus attachés à leur village et supportaient mal l'idée d'un déplacement. 
Par ailleurs, les contructions des hameaux où furent déplacés les paysans s'avérèrent des plus inconfortables et d'une qualité médiocre. 
De même, en déplaçant hâtivement les paysans, les autorités sud-vietnamiennes déplaçèrent avec eux de nombreux cadres communistes qui purent continuer leur mission d'endoctrinement au sein même des hameaux nouvellement créés. 
Enfin, la grande corruption règnant au Sud fit que l'argent destiné aux améliorations des hameaux se volatilisa dans les mains de resposables gouvernementaux. 
  
Au bout du compte, de nombreux paysans, jusque là dociles, s'insurgèrent contre ce système et rejoignirent le Vietcong. 
  
  
  
La piste Hô Chi Minh 
  
  
En 1959, le gouvernement nord-vietnamien décida d'aider les vietcongs du Sud en mettant en place une énorme piste de ravitaillement, longue de 1.500 kilomètres, passant à travers jungle et montagnes du Laos et du Cambodge, avant de pénétrer au Vietnam du Sud. 
Dans les premières années du conflit, un convoyage à partir du Nord durait environ six mois mais, au fil du temps, les pistes furent améliorées.  Des relais furent établis avec des dépôts et des points de repos.  Par ailleurs, des batteries anti-aériennes furent déployées le long de la piste. 
Au début des années 60, les communistes purent y faire progresser 400 tonnes de matériel par semaine, principalement à dos d'hommes. 
Dix ans plus tard, la piste s'était transformée en véritable route empruntée en permanence par 10.000 camions. 
  
Le facteur humain resta cependant un facteur essentiel de l'efficacité de la piste Hô Chi Minh.  Un "porteur du Peuple" était capable de transporter sur son dos 25 kilos de matériel à raison de 24 km par jour en terrain plat ou de 15 km par jour en terrain montagneux.   
Gràce à une bicyclette, la charge transportable passait à près de 70 kilos. 
  
  
  
Les L.Z. et F.S.B. 
  
  
Selon le principe stratégique U.S. de la mobilité, les hélicoptères américains devaient être capables d'atterrir au milieu de territoires ennemis afin d'y déposer troupes et ravitaillement. 
Les zones d'atterrissage (LZ) naturelles, telles que les clairières, étant souvent contrôlées par les communistes, il fut nécessaire d'en fabriquer. 
Une fois le site choisi, les sapeurs U.S. descendaient d'hélicoptères en rappel ou à l'aide d'échelles de corde sous la protection d'autres appareils destinés à prévenir toute réaction ennemie.   
Au sol, les sapeurs coupaient les arbres à la tronçonneuse, à la hache ou à l'explosif afin de permettre, aussi vite que possible, aux hélicoptères d'atterrir avec des sections d'assaut. 
Un périmètre défensif rudimentaire était rapidement établi et la Landing Zone devenait ainsi opérationnelle. 
  
Une technique très similaire fut utilisée pour la création de bases de soutien d'artillerie (FSB), lesquelles étaient souvent placées au sommet d'une colline. 
Le nettoyage du terrain se faisait par un lâcher de bombes spéciales "Daisy Cutter" réglées de façon à exploser au raz du sol pour abattre les arbres. 
Un poteau central était disposé au centre de la zone et, grâce à une corde de 40 mètres, on traçait la ligne des bunkers qui seraient contruits à cinq mètres les uns des autres.  Une autre corde, de 80 mètres, servait à tracer le périmètre extérieur. 
Des bulldozers, amenés par hélicoptères, construisaient le bunker de commandement et l'emplacement des pièces.  Après quoi, on y amenait les pièces, souvent des obusiers de 105 mm.  Protégée par des mines et un réseau de barbelés, la FSB devenait ainsi opérationnelle. 
  
Sans ces bases, l'armée U.S. eut été incapable de s'aventurer dans les zones d'influence communiste. 
Lors des patrouilles "Recherche et destruction", l'assurance de pouvoir compter sur l'appui de l'artillerie eut un grand effet sur le moral des soldats U.S.  L'artillerie permit souvent aux troupes U.S., même aux petites unités, de survivre aux larges assauts vietcongs. 
  
  
  
Les blindés 
  
  
LE M113 
Conçu pour transporter les troupes sur le champ de bataille, le blindé M113 fut mis en service en 1960. 
Livré au Sud-Vietnam dès 1962, il permettait de transporter un petit groupe de soldats jusqu'à la zone de combat puis, grâce à la mitrailleuse de bord, de les couvrir une fois débarqués. 
Réalisé en aluminium soudé, le M113 était, à l'origine pourvu d'un moteur V8 Chrysler mais les modèles livrés au Sud-Vietnam furent équipés d'un moteur diesel. 
Le blindé comptait un équipage de deux hommes : le conducteur et le chef de char.  Il pouvait transporter dix fantassins dans une cabine arrière pourvue d'une rampe métallique à commande hydraulique.  Il disposait d'une mitrailleuse de 12,7mm montée sur tourelle pivotante. 
Amphibie, il se déplaçait aisément dans les rizières.   
Malgré la vulnérabilité de son fin blindage (3,8 cm), il fut un véhicule fiable, bon marché et très mobile. 

 


 

LES BLINDES LOURDS U.S. 
Outre les courants M113, les Sud-Vietnamiens utilisèrent des M41 américains et, dans une moindre mesure, des M48 "Patton". 
Les Américains firent un large usage du "Patton" et employèrent également le M60 et le M551 "Sheridan".  Ce dernier véhicule était un blindé de reconnaissance léger disposant d'un armement sophistiqué comprenant canons et missiles. 
  
Les troupes australiennes utilisèrent des chars "Centurion" de fabrication anglaise. 

 

Un char M48 PATTON

 

LES BLINDES COMMUNISTES 
Les unités nord-vienamiennes régulières utilisèrent, dès 1968, des chars amphibies PT46, de fabrication soviétique ou chinoise, auquels s'ajoutèrent, en 1971, des T54 et T55 dotés d'un blindage imposant et d'un puissant armement.  Tous ces chars restèrent cependant très vulnérables face à l'aviation U.S. 
Dès réception de leurs chars, les Nord-Vietnamiens les utilisèrent de la manière la plus inepte mais, rapidement, tirèrent les leçons de leurs erreurs. 

 

Un T54 nord-vietnamien

 

Le support aérien 
  
  
Etroitement associé à la guerre du Vietnam, l'hélicoptère participa à la plupart des opérations militaires d'une façon ou d'une autre.  Il permit aux troupes d'accéder ou de repartir d'une zone de combat éloignée.  Servant de soutien aérien, il permit aussi l'évacuation des blessés, l'observation de l'enemi ou le transport de ravitaillement.  
Parmi les modèles employés au Vietnam, on peut citer : le Hughes OH-6A Cayuse Loach (observation légère), le Bell AH-IG Huey Cobra (hélico d'assaut), le Bell UH-ID Iroquois Huey (transport de troupes et soutien rapproché), le Sikorsky CH-54A Tarhe Flying Crane (transport lourd) et le Boeing Vertol CH-47A Chinook (transport moyen). 
  
Partout et à toute heure, l'aviation U.S. se vit contrainte à répondre rapidement à une demande de soutien de l'infanterie. 
En cas de besoin, le radio au sol contactait le contrôle aérien tactique aéroporté. 
La réponse lui parvenait via un contrôleur aérien avancé qui survolait la zone dans un petit appareil de type Cessna Bird Dog ou OV-10 Bronco.  Le contrôleur avancé devait souvent voler au raz du sol afin de localiser précisément l'ennemi. 
Une fois celui-ci repéré, le contrôleur appelait les chasseurs-bombardiers A1 Skyraider ou A4 Skyhawk.   
Le contrôleur marquait les positions ennemies à l'aide de roquettes au phosphore et guidait les appareils tout en restant en contact avec les troupes au sol. 
  
  
  
Le MEDEVAC et les missions de sauvetage 
  
  
Entre le mois d'avril 1962, date d'arrivée du MEDEVAC au Vietnam, et le retrait U.S. en 1973, près de 500.000 G.I. furent blessés et évacués de leur zone de combat vers des installations médicales. 
Au cours de ces périlleuses missions, des centaines d'aviateurs furent tués ou blessés. 
Toutefois, pour le fantassin, la garantie qu'un hélicoptère du MEDEVAC surgirait fut d'une grande aide morale. 
En moyenne, un blessé arrivait en salle d'opération moins d'une heure et demie après avoir été touché.   
  
Pour les aviateurs U.S. survolant le Vietnam, le risque d'être abattu et capturé était important. 
Ainsi, les pilotes transportaient une petite radio qui émettait un signal de localisation.  Ceux qui, abattus, étaient arrivés vivants au sol et avaient échappé à une capture rapide, savaient qu'une mission de sauvetage serait effectuée pour les récupérer. 
Un tel sauvetage exigeait la participation de plusieurs centaines d'hommes et de plusieurs dizaines d'appareils.  L'hélicoptère de sauvetage devait être ravitaillé en vol par un KC135.  Ensuite, il fallait établir une zone de sécurité autour de l'aviateur  à récupérer; cette mission était souvent assurée par des A1 Skyraider.  Ces avions plutôt lents étaient eux-même protégés par des chasseurs F105 et F4.  Enfin, l'hélicoptère de sauvetage devait disposer de son propre mitrailleur pour tenir l'ennemi à distance durant la récupération du pilote naufragé. 
De telles opérations étaient dangereuses et très coûteuses mais essentielles pour maintenir le moral des pilotes survolant régulièrement le territoire ennemi.  
  
  
  
Les armes d'infanterie 
  
  
Au Vietnam, les combats d'infanterie se déroulèrent souvent à moins de 300 mètres de distance.  En conséquence, la puissance de feu des armes fut rapidement considérée comme étant plus importante que la portée, d'où l'utilisation généralisée de fusils d'assaut capables de tirer au coup par coup ou en rafales. 
  
L'arme de prédilection de l'armée nord-vietnamienne et des Vietcongs fut l'AK47 Kalachnikov. 
Largement inspirée de la MP44 allemande de la seconde guerre mondiale, cette arme fut adoptée par l'armée russe en 1951. 
Il s'agit d'un fusil d'assaut des plus réussi, fonctionnant par emprunt de gaz, assez précis pour tirer en rafales jusqu'à 300 mètres sans vibrations intempestives.  Malgré de menus défauts, la qualité de fabrication est élevée pour une arme d'origine russe.  L'arme est d'un fonctionnement très sûr et facile à démonter et à manipuler pour un irrégulier privé de formation militaire. 
L'AK47 a été abondamment copiée par les Chinois et semble être l'arme de guerre la plus répandue à l'échelle mondiale. 

 


 

L'arme de base du fantassin U.S. et sud-vietnamien fut l'Armalite AR15 M16. 
Apparue en 1959, cette arme, faisant largement appel à l'usage du plastique et de l'aluminium, fut rapidement appréciée.  Maniable et légère, elle fut très appréciée en Asie où les combattants étaient plutôt de petite taille. 
Ce fusil d'assaut ne possède pas de piston, les gazs passant directement à travers un cylindre et frappant directement la culasse mobile.  Ce système complexe provoque de fréquents enrayages qu'un nettoyage minutieux et régulier parvient à réduire fortement mais pas à faire disparaître totalement. 

 


 

Au Vietnam, les combats rapprochés furent des plus courants et firent sentir la nécessité d'une arme courte.  
Ainsi apparu la version courte du M16, baptisée Colt Commando.  Par rapport au modèle original, le canon est réduit de moitié ce qui influence grandement la précision (moins 20%).  Il occasionne aussi une impressionnante flamme de bouche d'où l'adjonction d'un cache-flamme.  La baïonnette ne peut être utilisée sur cette arme. 
La crosse téléscopique peut faire passer la longueur totale de l'arme de 71 à 97 cm.  Largement utilisée par les Special Forces, cette arme s'apparente essentiellement à la mitraillette. 

 


 

Enfin, le fusil-mitrailleurs M60 fut largement utilisé.  Arme robuste, le M60 s'encrasse facilement ce qui peut l'enrayer ou provoquer un tir incontrôlé.  Il est toutefois aisément transportable (11,5 kg avec bipied).  Le M60 sauva bien des vies américaines au Vietnam grâce à son extraordinaire efficacité. 
  
  
  
Les dangers des patrouilles 
  
  
Tout au long de la guerre, les Américains basèrent leur tactique sur la recherche de l'ennemi, ce qui exigeait la réalisation de nombreuses patrouilles. 
A partir d'une base ou d'une zone d'atterrissage, les soldats s'enfonçaient dans une nature qui leur était aussi étrangère qu'hostile.  La chaleur et l'humidité tropicale avaient raison des plus endurcis, sans compter les pluies de mousson, les moustiques, les sangsues, les serpents vénimeux... 
  
Surtout, durant les patrouilles, les soldats devaient veiller à éviter les pièges et les embuscades du Vietcong. 
L'un des pièges habituels était une planchette d'aiguilles en bambou ("PUNJI") acérées, trempées dans des excréments humains, pour provoquer une gangrène, et dressée verticalement au fond d'une fosse dissimulée par de la végétation.. 

 

Un piège "Punji"

 

Parmi les autres pièges figuraient les grenades attachées à des fils de détente qui traversaient une piste ou une rivière régulièrement empruntée.  Toute traction sur le fil dégoupillait la grenade et la faisait sauter. 
On peut aussi citer les ponts en bois sciés dont les entailles étaient dissimulées par de la boue, ou des planches garnies d'épines en bambou que l'on tendait comme un arc et qui, dégagées par un cable de traction, balayaient la piste à hauteur de poitrine ou de visage. 
Il existait également un système assez moyenâgeux consistant en une lourde boule de boue piquée de pointes punji et attachée à un arbre par une liane.  Libérée par un fil courant près du sol, la boule traversait brutalement le chemin... 
  
En six ans et demi, de tels pièges provoquèrent la mort de 4.000 Américains, soit 11% des morts au combat.  17% des Américains blessés lors du conflit le furent par de tels pièges. 
On peut supposer que les autres forces anticommunistes subirent des pertes similaires. 
Simples et peu onéreux, les pièges démontrèrent ainsi grandement leur efficacité. 
  
Enfin, le fantassin était handicapé, comme souvent dans les conflits antérieurs, par le poids de son équipement. Outre l'arme personnelle, il portait, aux bretelles, ses munitions, les trousses à pansement et des gourdes d'eau.  Le sac à dos était réservé aux mines, aux grenades, aux munitions de réserve, à une autre gourde d'eau, à des fusées éclairantes, à des rations alimentaires, à des cachets contre la déshydratation, à des produits répulsifs d'insectes, à du linge de rechange, à une trousse de nettoyage des armes, à une autre trousse à pansement, à des cigarettes, à des produits de toilette... 
Il fallait encore ajouter une pelle, une machette et divers outillages, sans oublier le casque en acier et le gilet pare-balles... 
  
  
  
Les tunnels 
  
  
Les Vietcongs utilisaient déjà des réseaux de tunnels à l'époque de la présence française. 
Quand les Américains intervinrent au Vietnam en 1965, les communistes créèrent des centaines de kilomètres de tunnels, comprenant dortoirs, hôpitaux, écoles, entrepôts souterrains, au sein même des zones d'occupation U.S. et sud-vietnamienne. 
L'entrée des tunnels était minuscule et très bien dissimulée, parfois même située sous la surface de l'eau d'une rivière. 
La vie dans ces tunnels était infernale mais ils offraient aux Vietcongs un abri sûr. 
  
Au début, les Américains ignoraient la présence de ces tunnels.  Par la suite, ils tentèrent d'en chasser les communistes en y lançant du gaz C.S. ou des explosifs.  Toutefois, la nécéssité de tirer des renseignements (les tunnels offraient toutes les qualités de bases de subversion) poussa les Américains à y envoyer des soldats chargés d'en extraire les cadavres et les documents ou d'affronter directement le Vietcong. 
Rares furent les soldats capables de s'enfoncer dans ces trous sombres et étroits sans savoir où était l'ennemi et ce qui les attendait.  Ce furent eux que l'on surnomma bientôt les "Rats de tunnels"... 

 

L'entrée d'un tunnel

Vue intérieure

 


 

La période de service militaire 
  
  
De 1964 à 1972, 2,2 millions de jeunes Américains - sur un total de 26,8 millions ayant ateint l'âge de 18 ans à cette époque, furent incorporés dans l'armée pour y effectuer un service militaire de deux ans. 
A ces 2,2 millions s'ajoutèrent 8,7 millions de volontaires.  Le reste, soit 15,9 millions, échappa au système. 
  
Plus la guerre devint impopulaire, plus nombreux furent ceux qui brûlèrent leur carnet militaire...  Des insoumis décidèrent de ne pas s'inscrire sur les listes de recensement.  Certains demandèrent un report d'incorporation pour des motifs divers, souvent des études supérieures. 
Beaucoup de jeunes tentèrent de se faire exempter pour raisons de santé, en se déclarant objecteur de conscience ou en invoquant des responsabilités familiales.   
D'autres encore s'engagèrent dans la Garde nationale, une milice volontaire au service de l'Etat et, plus rarement, de la Fédération. 
Quelques uns, aussi, quittèrent le pays, souvent pour rejoindre le Canada. 
Lorsque le président Ford accorda une amnistie générale en 1974, il y avait 209.517 insoumis qui n'avaient même pas tenté de demander un sursis d'incorporation. 
  
Les recrues de l'armée U.S. étaient envoyées au Vietnam pendant un an qui prenait cours au moment où le jeune prenait un vol régulier de la côte Ouest américaine vers Saigon; la libération avait lieu à la date du DEROS (Date Eligible to Return from Overseas Service), jour de retour aux U.S.A. 
Pendant son année de service, la recrue passait du statut de Funny New Guide, c'est-à-dire de "Bleu", à celui de Short-Timer,  soit de "Libérable". 
Pendant le premier mois, le nouveau venu constituait surtout un handicap pour son unité.  Il devenait par la suite un combattant expérimenté.  Mais, souvent, à partir du dixième mois, les soldats cherchaient à éviter le danger et à limiter leur participation aux tâches les plus dangereuses... 
Or, à tout moment, une unité comportait une partie de "Bleus" et de "Libérables", ce qui diminuait son efficacité. 
  
Les officiers furent envoyés au Vietnam pour des périodes de six mois.  Le but était de permettre au plus grand nombre d'acquérir l'expérience du combat.  Toutefois, et malgré la volonté affichée par certains officiers d'effectuer un service de 12 mois, cette différence de temps de service provoqua un grand mécontentement parmi les appelés. 
  
  
  
Les permissions 
  
  
Durant son année de service, le soldat U.S. avait droit à une semaine de permission, appelée R&R "rest and recreation", hors du Vietnam. 
Il avait alors le choix entre plusieurs destinations, depuis Bangkok jusqu'à Sidney. 
La plupart des hommes mariés choisirent Hawaii, où leurs épouses pouvaient les rejoindre facilement. 
  
Au cours de cette période, ils tentèrent d'oublier les horreurs de la guerre et de se rétablir mentalement avant de partir achever leur année. 
Certains estimèrent cependant que le passage d'une zone de combats à un repos paisible ensuite suivi d'un retour à la guerre était des plus déstabilisateur. 
  
Chaque soldat avait aussi droit à des permissions de deux ou trois jours au Vietnam.  Beaucoup les prenaient à Saigon, ville de tous les plaisirs, ou dans les camps établis sur la côte dans des sites idylliques comme Vung Tau, Cam ranh et Da Nang, où ils pouvaient surfer, se baigner, boire et manger à satiété en sécurité (même si les drogues et la prostitution ne tardèrent pas à y apparaître). 
L'armée organisa aussi des spectacles livrés par des professionnels, de talent très variable, entre 1966 et 1970.  Par exemple, Bob Hope et Sammy Davis Jr se produisirent au Vietnam.  D'autres "vedettes" étaient d'un intérêt moindre mais le but était de distraire les soldats pour quelques heures  et ce fut toujours le cas. 
  
  
  
Les Noirs et les autres minorités 
  
  
Durant l'engagement U.S. au Vietnam, les minorités ethniques américaines combattirent aux côtés des Blancs. 
La politique de ségrégation de l'armée, encore en usage durant la seconde guerre mondiale et qui avait vu la création d'unités "noires" commandées par des officiers blancs, avait vécu. 
La guerre offrit aux soldats noirs ou autres la possibilité d'améliorer leur formation et leur position sociale.  Nombre de sous-officiers de carrière furent des Noirs; il avait aussi beaucoup de sous-officiers d'origine hispanique.  Beaucoup purent atteindre des grades relativement élevés. 
  
Malgré l'absence de ségrégation dans les zones de combats, lors des permissions, les soldats se regroupaient volontiers par groupes ethniques.  A Saigon, chaque groupe avait ses bars et bordels, comme Khanh Hoi pour les Noirs et Tu Do pour les Blancs. 
La division s'accentua après les troubles raciaux qui secouèrent les U.S.A. et qui culminèrent avec l'assassinat de Martin Luther King en avril 1968.  Les problèmes s'agravèrent avec l'arrivée au Vietnam de jeunes Noirs ayant vécu les révoltes de ghettos ou subi l'influence de groupes d'activistes tels que les Panthères Noires. 
  
Enfin, l'analyse des pertes subies au Vietnam montra que les Noirs y avaient payé un prix très élevés : 23% des soldats U.S. tués au Vietnam étaient des Noirs. 
  
  
  
La baisse du moral 
  
  
Jusqu'en 1969, le moral des soldats U.S. resta très bon.  Toutefois, lorsque le cours de la guerre s'inversa et que la situation fut agravée par l'opposition populaire et le début de négociations de paix, la nécessité de remettre en cause les actions offensives s'imposa. 
Le taux de désertion monta en flèche pour atteindre, en 1971, un chiffre de 7,35% ! 
L'usage de drogues se généralisa.  Un rapport du ministère de la Défense U.S. estime que la moitié des militaires américains au Vietnam avait fumé de la marijuana durant l'année de service.  Un tiers avait pris des drogues psychédéliques.  Plus du quart était passé aux drogues dures : opium et héroïne... 
  
La discipline militaire se relâcha.  Certains gradés, détestés par leurs hommes, furent assassinés.  On dénombra ainsi officiellement 788 cas de fragging (meutres à la grenade à fragmentation) entre 1969 et 1972. 
On enregistra aussi des cas de "refus de se battre" (35 dans une division en 1970). 
Dans l'ensemble le respect de l'uniforme et des grades s'effondra progressivement.... 
  
  
  
Le comptage des morts 
  
  
Durant son engagement au Vietnam, et surtout sous la pression de Washington, l'armée américaine dut se livrer à un "comptage des morts". 
Ce concept impliquait de dénombrer les cadavres ennemis retrouvés après un combat et de transmettre ces chiffres au ministère américain de la Défense.  Le but était de mesurer l'efficacité de la lutte contre les communistes. 
  
Sur le terrain toutefois, cette pratique se révéla ardue surtout, par exemple, parce que les membres du Vietcong ne portaient pas d'uniforme.  Il était impossible de distinguer le cadavre d'un Vietcong de celui d'un civil.  Aussi, les Américains eurent tendance à comptabiliser tous les cadavres vêtus de noir, y compris femmes et enfants, dans leurs estimations des pertes vietcongs. 
Cette procédure conduisit à une exagération des chiffres de l'ordre de 30%. 
Souvent aussi, des unités procédèrent à un double comptage afin de s'accorder le mérite des pertes ennemies.  Certains officiers, comme le général Julian Ewell, allèrent jusqu'à imposer des quotas que ses subordonnés devaient atteindre pour bénéficier de rapports favorables.... 
De telles pratiques ne pouvaient mener qu'à bien des excès. 
  
  
  
Les forces spéciales 
  
  
Confrontés à un ennemi sachant profiter du terrain pour se dissimuler, les Américains créèrent des unités capables d'opérer en territoire ennemi en vue de pratiquer des missions de reconnaissance ou de sabotage. 
Ces équipes, fortes de 6 ou 7 volontaires, opéraient au-delà de tout soutien d'artillerie. 
Les équipes des forces spéciales ne tardèrent pas à utiliser des tribus locales pour monter des opérations généralement désignées par une lettre grecque comme nom de code. 
En mai 1964, le Projet Delta permit de recueillir des renseignements dans l'ensemble du Vietnam et de surveiller les pistes d'infiltration de Vietcong et de l'armée nord-vietnamienne. 
En août 1966, le Projet Omega permit de surveiller la zone frontalière de la zone tactique II.  De même, le Projet Sigma permit de surveiller la frontière de la zone tactique III. 
Plus secret, le Projet Gamma impliqua des opérations de renseignements au Cambodge et au Laos neutres. 
Ces opération se poursuivirent jusqu'au retrait des forces spéciales, en 1973. 
  
  
  
Le renseignement militaire U.S. 
  
  
Dans toutes les guerres, l'acquisition de renseignements sur l'ennemi a toujours eu une importance cruciale.  Au Vietnam plus qu'ailleurs, dans une guerre où l'ennemi se dissimulait souvent parmi la population locale, le service de renseignements joua un rôle majeur. 
Les Américains recueillirent d'énormes quantités d'informations de leurs forces spéciales, des prisonniers de guerre, des patrouilles, des documents saisis, des reconnaissances aériennes... 
Ce fut justement cette abondance qui posa problème.  Dès 1967, les Américains se retrouvèrent ensevelis sous une avalanche de renseignements.  Le centre d'analyse des renseignements reçut, chaque mois, environ trois millions de pages de documents ennemis.  10% des documents seulement purent être traduits ce qui rendit impossible l'utilisation des renseignements sur le terrain. 
A lui seul, le centre d'analyse produisit une demi-tonne de rapports par jour mais personne n'avait le temps de les lire et d'en extraire les informations importantes. 
L'efficacité technologique et militaire sur le terrain aboutit donc à un excès de données que le système fut incapable d'absorber. 
  
  
  
La ligne McNamara 
  
  
Dès 1966, les Américains étudièrent la possibilité d'ériger une barrière physique qui empêcherait les incursions nord-vietnamiennes à travers la zone démilitarisée. 
Le projet fut mis au point par le groupe Jason, un groupe de scientifiques de haut niveau. 
Robert mcNamara, secrétaire d'Etat à la Défense,donna le feu vert et octroya au projet des fonds pratiquement illimités. 
  
Telle qu'envisagée au départ, la barrière devrait couvrir l'entièreté de la zone démilitarisée et pénétrer partiellement au Laos.  Elle consistait en une zone large de 15 kilomètres, dénuée de végétation, où une énorme quantité de mines furent jetées en travers des voies d'infiltrations ennemies. 
Des déflecteurs acoustiques et sismiques y furent placés afin de permettre à des avions radars de diriger les batteries d'artillerie ou les bombardements aériens. 
  
De nombreux déclenchements intempestifs, créés par des animaux sauvages, poussèrent à parfaire le système. 
En 1968, les premiers tronçons de ligne furent pourvus des ACOUSIDS et des ADSIDS.  Les premiers étaient des espèces de micros parachutés de manière à rester accrochés aux arbres et à détecter les bruits en-dessous d'eux.  Les seconds étaient des boîtiers électroniques, lancés par avions ou hélicoptères et qui s'enfonçaient dans le sol (seule une antenne imitant une feuille restait vsible), qui permettaient de détecter les bruits de pas. 
Les signaux émis étaient captés par un avion radar volant au-dessus de la zone et utilisés pour lancer une contre-attaque. 
  
Une autre méthode consistait à utiliser un "renifleur de personnes", soit un tuyau pendant d'un hélicoptère et qui aspirait l'air extérieur afin de l'analyser et d'y détecter des traces d'ammoniac provenant de la sueur et des urines humaines. 
Autre particularité, le TURSID était un détecteur sismique ayant l'apparence d'une crotte de chien et qui réagissait après avoir été écrasé par un pied humain ou une roue de véhicule. 
  
Cette barrière technologique ne fut jamais achevée et une quinzaine de kilomètres furent finalement construits.  Son coût, supérieur au milliard de dollars de l'époque, était en effet des plus exorbitant. 
  
  
  
Les porte-avions et les armes "intelligentes" 
  
  
L'aéronavale U.S; fut impliquée dans les raids contre le Nord-Vietnam dès 1964.  Elle fut utilisée dans les raids "Rolling Thunder", entre 1965 et 1968, et dans l'opération "Linebacker" de 1972. 
Contrairement aux appareils de l'USAF, qui opéraient à partir de la Thailande ou du Sud-Vietnam, les appareils de la marine opéraient depuis des porte-avions naviguant au large du Vietnam. 
Au début de 1965, deux porte-avions (cinq par la suite) furent stationnés, tour à  tour, au large du Vietnam.  Les navires opérèrent depuis une zone connue sous le nom de "Yankee Station", située à 150 kilomètres de la côte nord-vietnamienne. 
Les navires, qui portaient souvent 70 avions, restaient en service cinq mois, effectuant des veilles de douze heures avant de consacrer les douze heures suivantes au ravitaillement. 
Au début de 1966, un sixième porte-avions stationna au large du Sud-Vietnam, sur "Dixie Station". 
Lorsque le président Nixon autorisa des bombardements massifs contre le Nord, en 1972, sept porte-avions participèrent aux opérations, tous depuis "Yankee Station". 
  
Au cours de l'opération "Rolling Thunder", les scientifiques américains tentèrent de développer des technologies qui amélioreraient la précision des bombardements. 
La marine U.S. ouvrit la voie avec la bombe à guidage "Walleye" qui était une bombe conventionnelle munie d'une petite caméra.  Lorsque la bombe était larguée, la caméra transmettait ses images à un écran placé à bord de l'avion d'où un technicien pouvait orienter légèrement le projectile en orientant électroniquement les ailerons de l'empannage arrière. 
  
L'USAF adopta un système plus perfectionné.  Un rayon laser était utilisé pour "éclairer" la cible sur laquelle une bombe à guidage laser se dirigeait en chevauchant le faisceau.  Cette technique, baptisée "Paveway", garantissait une erreur de visée inférieure à 9 mètres. 
  
  
  
L'agent orange et le napalm 
  
  
Dès novembre 1961, le président Kennedy autorisa l'usage d'herbicides au Vietnam afin de détruire le feuillage de la jungle qui offrait une grande protection au Vietcong. 
En janvier 1962, les U.S.A. déclenchèrent l'opération "Ranch Hand".  Lorsque cette opération prit fin, en 1971, 68 millions de litres d'herbicides avec été déversés sur une période de 2,3 millions d'hectares du Vietnam du Sud, mais aussi du Laos et du Cambodge, dans le secteur de la piste Hô Chi Minh. 
  
Le défoliant le plus utilisé fut l'agent orange qui contenait une hormone de croissance.  Déversé sur les arbres, il accélérait leur croissance et aussi la chute des feuilles. 
Les missions "Ranch Hand", souvent précédées de tracts destinés à prévenir les paysans, visaient à défolier des bandes larges de plus de 500 mètres. 
Au début de son utilisation, l'agent orange fut considéré par les Américains comme étant inoffensif pour le bétail et les populations.  Des volontaires U.S. se rendirent même dans des villages pour manger, devant les paysans, du pain trempé dans l'herbicide afin de souligner son aspect inoffensif. 
Toutefois, en 1969, l'Institut américain de lutte contre le cancer découvrit que l'un des composants du produit, la dioxine, était cancérigène et pouvait provoquer des malformations.. 
De fait, les effets de l'agent orange se font encore sentir au Vietnam ainsi que chez les anciens soldats américains qui eurent à manipuler ce produit. 
  
Arme mortelle, dont le nom dérive du palmitate de sodium (Na), le napalm fut intensivement utilisé au Vietnam. 
Au début des années 60, la bombe au napalm la plus courante était la BLU-1; dans les années 70, elle fut remplacée par la BLU-27.  
Sur chacun des containers de mille litres de napalm était branché un allumeur au phosphore qui s'enflammait au contact de l'air.  Lorsque la bombe se fracassait au sol, projetant le napalm à distance, une fusée faisait exploser l'allumeur, mettant à nu le phosphore qui s'enflammait et incendiait le napalm.  Le tout se déroulait en une fraction de seconde et il n'y avait pas d'échappatoire pour ceux qui se trouvaient à proximité. 
L'image de l'immense flamme provoquée par une attaque au napalm est désormais associée étroitement à la guerre du Vietnam. 
Son utilisation par les U.S.A. provoqua d'importantes manifestations de par le monde. 
La célèbre photo d'une petite fille vietnamienne brûlée par une bombe au napalm bouleversa grandement l'opinion internationale. 

 
Explosion de napalm
 
 

La défense antiaérienne du Nord-Vietnam 
  
  
Ceux qui crurent que la supériorité aérienne des U.S.A. viendrait rapidement à bout du Nord-Vietnam durent rapidement reconnaître leur erreur. 
Dans les premières années de la présence U.S., en 1964 et 1965, les Nord-Vietnamiens ne disposaient guère plus que de canons antiaériens de 37 et 57mm, d'origine russe ou chinoise, à visée optique et d'une portée inférieure à 6.000 mètres d'altitude. 
Il suffisait dès lors aux pilotes U.S. de rester hors de portée pour voler en sécurité. 
  
Toutefois, lorsqu'ils étaient obligés de s'approcher de cibles à basse altitude, les pilotes étaient souvent pris à partie par ces pièces ainsi que par les simples fusils des milices paysannes.  Or, avec de la chance, un coup de fusil bien placé pouvait suffire à abattre un appareil. 
  
Avec l'intensification des raids aériens, les Nord-Vietnamens acquirent des canons antiaériens de 85 et 100mm guidés par radar.  Très rapides, ces pièces pouvaient tirer jusqu'à 12.000 mètres d'altitude. 
Dès 1968, plus de 80% des pertes aériennes U.S. furent attribuées à ces canons. 
  
En juillet 1965 enfin, le Nord-Vietnam fit l'acquisition de missiles sol-air soviétiques SAM 2 et SAM 3 qui, malgré leur efficacité limitée, rendirent plus dangereuse encore le survol du Nord. 

 

Un missile SAM toujurs dressé en mémorial aux abords d'Hanoï

 

Les prisonniers de guerre U.S. au Vietnam 
  
  
En mars 1973, après la signature des accords de Paris qui consacraient le retrait U.S. du Vietnam, 591 Américains détenus furent libérés par Hanoï. 
Les prisonniers étaient pour la plupart des aviateurs qui avaient été abattus lors de vols de bombardements au-dessus du Nord.  Certains avaient été détenus durant plus de 8 ans.  Ainsi, le lieutenant Alvarez avait été capturé en août 1964. 
  
L'Américain fait prisonnier était régulièrement exhibé devant la population (et parfois copieusement rossé par les civils) avant d'être transféré à la vieille prison coloniale de Hoa Lo, à Hanoï, où il était placé en isolement cellulaire afin de le désorienter.  Il était ensuite rapidement interrogé tout en restant privé de contact avec les autres prisonniers.   
Généralement, l'interrogatoire se doublait de tortures.  Il s'agissait là d'une violation de la Convention de Genève mais les Nord-Vietnamiens arguaient que, la guerre n'ayant pas été officiellement déclarée, les Américains agissaient illégalement, en "pirates impérialistes", et ne pouvaient donc bénéficier de la moindre protection. 
Sous la torture, les prisonniers livraient des confessions écrites dans un language typique des pays de l'Est et auxquelles personne en Occident n'accordait de crédibilité.  
Les Américains eurent la preuve de leurs soupçons lorsqu'un prisonnier, conduit devant la presse à Hanoï, réussit à cligner, en morse, le mot "torture". 
  
Les U.S.A. tentèrent une audacieuse opération de libération de prisonniers.   
Durant la nuit du 21 novembre 1970, un hélicoptère déposa 14 commandos dans l'enceinte de la prison de Son Tay, située à 50 kilomètres d'Hanoï.  En trois minutes, les gardes furent éliminés, les murs percés et les cellules ouvertes. 
Malheureusement, ce raid fut inutile.  Les Américains n'avaient pu remarquer, avant le raid, que les prisonniers avaient tous été transférés quatre mois plus tôt... 
  
Selon les accords pris entre les U.S.A. et le Nord-Vietnam, les prisonniers U.S. seraient libérés au fur et à mesure du retrait américain du Vietnam du Sud. 
L'opération "Homecoming" débuta le 12 février 1973 mais, bien vite, Hanoï prit du retard.  Lorsque Nixon suspendit le retrait des troupes, le rythme des libérations redevint normal jusqu'à parvenir à son terme le 29 mars. 
Dans le même temps, Saigon libéra 26.508 Nord-Vietnamiens tandis qu'environ 5.000 Sud-Vietnamiens étaient rendus. 
  
Depuis 1973, des rumeurs affirment qu'une partie des 2.494 Américains portés disparus au Vietnam y sont toujours retenus. 

 

Le "Hanoï Hilton" où furent détenus la plupart des prisonniers U.S.

 

La presse "underground" 
  
  
Les soldats U.S. envoyés au Vietnam étaient désireux d'avoir des nouvelles du monde extérieur et de se distraire. 
Les radios officielles et les publications militaires, comme "Star and Stripes", remplissaient ce rôle mais se montraient peu critique envers le gouvernement fédéral. 
  
Rapidement donc, les soldats firent paraître leurs propres journaux.  Entre 1967 et 1972, environ 240 parutions virent le jour. 
Dans l'ensemble, le contenu était limité et le tirage confidentiel.  La parution la plus célèbre fut "Grunt", dont le premier exemplaire sortit en février 1968 sous l'aspect d'un magasine sur papier glacé, qui reprenait articles, poèmes, photos de nus,...  "Grunt" atteignit un tirage de 30.000 exemplaires et fut rebaptisé, en 1969, "Grunt Free Press".  Sous cette forme, il survécut jusqu'en 1971. 
La presse "underground" d'époque est une source historique intéressante car reflétant bien l'état d'esprit des soldats de l'époque.  Ainsi, en 1969, l'un des journaux offrit une prime de 10.000 dollars à celui qui tuerait le lieutenant-colonel Honeycutt, rendu responsable des pertes énormes de l'assaut futile d'Hamburger Hill... 
  
  
  
La vietnamisation 
  
  
Après le choc de l'offensive du Têt , les Américains décidèrent de confier l'effort de guerre aux Sud-Vietnamiens afin de favoriser leur propre retrait de la région. 
Malheureusement, le processus de vietnamisation échoua.  Le retrait rapide des U.S.A. empêcha les Sud-Vietnamiens de faire leurs preuves pendant que les Américains étaient encore présents. 
De plus, l'armée du Sud fut modelée selon le modèle U.S.  L'équipement était américain mais la formation demeurait limitée.   Ainsi, en dépit des apparences, l'armée sud-vietnamienne de 1971 n'était qu'une coquille vide.  Les soldats étaient désireux de se battre mais la corruption et les désertions régulières minèrent rapidement l'armée. 
L'armée du Sud se comporta bien lors du "Mini Têt", en 1972, mais, à cette date, elle bénéficiait d'un fort appui aérien U.S. 
Une fois les Américains définitivement partis, il ne restait plus au Sud qu'une apparence de puissance... 
  
  
  
Les pertes U.S. 
  
  
Au Vietnam, les Américains perdirent près de 57.000 tués, dont 46.558 morts au combat et 1.390 décédés hors combat. 
L'année d'engagement la plus meurtière fut 1968 (14.592 tués).  Les années 1967 et 1969 furent également parmi les plus coûteuses (respectivement 9.378 et 9.414 morts ces années-là). 
  
On estime qu'environ 300.000 militaires furent blessés mais leur nombre fut sans doute supérieur. 
  
Enfin, il faut citer les tristement célèbres "Missing In Action", soit 2.494 disparus. 


Revenir en haut
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Dim 21 Fév - 20:34 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

Sur le bon site: 

  http://users.skynet.be/grandes_batailles/pages/0.html


Revenir en haut
jeanjean
Super membre

Hors ligne

Inscrit le: 21 Jan 2010
Messages: 839
Localisation: reims

MessagePosté le: Lun 22 Fév - 05:43 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

une  bien triste  epoque 
_________________
le pays ou en s'ennuie pas


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur MSN
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Lun 22 Fév - 07:25 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

Le pire c'est que cela fait encore des victimes aujourd'hui!   nenni

Revenir en haut
jeanjean
Super membre

Hors ligne

Inscrit le: 21 Jan 2010
Messages: 839
Localisation: reims

MessagePosté le: Lun 22 Fév - 18:49 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant


La guerre du Vietnam
envoyé par Cambodianova.
_________________
le pays ou en s'ennuie pas


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur MSN
jeanjean
Super membre

Hors ligne

Inscrit le: 21 Jan 2010
Messages: 839
Localisation: reims

MessagePosté le: Lun 22 Fév - 18:50 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

une video du net
_________________
le pays ou en s'ennuie pas


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur MSN
jeanjean
Super membre

Hors ligne

Inscrit le: 21 Jan 2010
Messages: 839
Localisation: reims

MessagePosté le: Lun 22 Fév - 18:52 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

http://anpatsa.free.fr/guerre_du_vietnam.htm
_________________
le pays ou en s'ennuie pas


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur MSN
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Lun 22 Fév - 21:15 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

Terrible époque, je viens de regarder la vidéo, 50mn quand même mais ils n'ont rien dit sur le Laos,mais cela a été pareil , que de bombes!

Revenir en haut
jeanjean
Super membre

Hors ligne

Inscrit le: 21 Jan 2010
Messages: 839
Localisation: reims

MessagePosté le: Mar 23 Fév - 05:35 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

oui beaucoup de concentre sur la guerre du vietnam  mais c'est vrai que le laos était quand même dans la partie aussi je sait pas pourquoi il y a peut de vidéo sur le laos pendant cette triste période .
_________________
le pays ou en s'ennuie pas


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur MSN
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Mar 23 Fév - 06:52 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

Je viens de tomber sur celle la:

 
La guerre du Laos - Les methodes américainne (part2)
envoyé par ChildZmAn. - Rencontrez plus de personnalités du web.

On reconnait le Général Vang Pao,


Revenir en haut
jeanjean
Super membre

Hors ligne

Inscrit le: 21 Jan 2010
Messages: 839
Localisation: reims

MessagePosté le: Mer 24 Fév - 04:49 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

tres beau reportage  peut etre pas beau car on peut pas parlez de beau en ce qui concerne une guerre mais plutôt bon reportage .
_________________
le pays ou en s'ennuie pas


Revenir en haut
Visiter le site web du posteur MSN
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Jeu 25 Fév - 19:32 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

 good sites :  http://www.savannanet.com/uslegacy.htm 


                   http://www.itvs.org/bombies/story.html    mais en anglais...


Revenir en haut
Pat
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 17 Jan 2010
Messages: 3 247
Localisation: pas du tout la ou je voudrais

MessagePosté le: Sam 28 Aoû - 10:51 (2010)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos) Répondre en citant

Un Dien Bien Phu manqué au Viêtnam ? L'appui-feu pendant le siège de Khe Sanh (21 janvier-8 avril 1968)

Toujours dans la lignée du thème du mois d'Alliance Géostratégique, un autre article sur la guerre du Viêtnam cette fois-ci... bonne lecture !


Pendant la guerre du Viêtnam, la base de Khe Sanh, située au nord-ouest du Sud-Viêtnam, se trouve à proximité de deux sanctuaires nord-viêtnamiens : le Laos, à 16 km à l'ouest, et la zone démilitarisée, à 25 km au nord. Installée dans la province de Quang Tri, elle fait partie d'une série de positions fortifiées destinées à stopper les infiltrations nord-viêtnamiennes au Sud-Viêtnam. Une jungle épaisse recouvre toute la région, rendant le camouflage particulièrement aisé. Le renforcement de la base, initialement créée et occupée par les forces spéciales américaines, par des Marines, avait été voulue par le commandant en chef américain au Viêtnam, Westmoreland, pour ancrer la ligne de défense de la zone démilitarisée à l'ouest et frapper le Laos par lequel passait la fameuse piste Hô Chi Minh, utilisée pour acheminer des troupes et du matériel jusqu'au Sud-Viêtnam. Westmoreland pensait aussi attirer le corps de bataille nord-viêtnamien et l'écraser sous la puissance de feu massive à sa disposition, comme les Français l'avaient voulu à Dien Bien Phu en 1954, dans une région, de surcroît, assez isolée et peu peuplée. Le siège de Khe Sanh (21 janvier-8 avril 1968) fut vite monté en épingle par les Américains pour illustrer l'esprit de résistance et la puissance technologique des Etats-Unis dans le moment difficile que constituait l'offensive du Têt ; pourtant, à l'image du résultat final de cette bataille décisive de la guerre du Viêtnam, le succès des Marines à Khe San ne fut que tactique, sans aucune implication stratégique. L'offensive nord-viêtnamienne près de la frontière aurait même servi à détourner l'attention des Américains des secteurs où les forces d'Hanoï se concentraient pour lancer leur opération coup de poing du Têt.



Carte de la base de Khe Sanh et de ses alentours, objet des combats et du siège de 1968.



Le but du présent article est de revenir sur l'appui-feu apporté aux Marines assiégés dans Khe Sanh. Comment a-t-il été planifié, quelles formes a-t-il revêtu et quels ont été ses résultats ? A-t-il véritablement permis d'éviter aux Américains un autre Dien Bien Phu ?







Les deux batailles de Khe Sanh (avril 1967-avril 1968) :





La zone tactique du Ier corps de Marines, dont faisait partie la base de Khe Sahn doit protéger la frontière avec le Nord-Viêtnam ainsi que les grandes cités de la région. Le secteur s'étend depuis la zone démilitarisée jusqu'à 50 km à l'intérieur des terres, avec des bases principales à Dong Ha, Quang Ngai et Quang Tri. La ligne s'incurve ensuite au sud vers deux « firebases », the Rockpile et Camp Caroll. 30 km au sud-ouest, le long de la grande artère que constitue la route 9, se trouve Khe Sanh, distante d'à peine 10 km du Laos 1.




En octobre 1966, quand les Marines s'installent à Khe Sanh, les forces spéciales de l'armée de terre qui tenaient le camp depuis 1962 vont s'installer à 10 km plus à l'ouest sur la route 9, à Lang Vei. La Khe Sanh Combat Base est installée sur un plateau à 450 m d'altitude qui domine le terrain environnant à l'est et au sud 2. A l'ouest et au nord, la base est dominée par des collines montant progressivement à 300 m en surplomb du camp. L'importante route 9 passe juste en-dessous du camp ; à 3 km, la ville de Khe Sanh et ses 1 500 habitants. La base dispose à l'origine d'une piste de 600 m de long utilisable par les hélicoptères, les petits avions de transport et les appareils légers. Un détachement de Seabees3 double la superficie de la piste au début de 1967.


Le général William Westmoreland dirige les forces américaines au Viêtnam entre 1964 et 1968. C'est lui qui voulut renforcer la base de Khe Sanh avec les Marines pour en faire une forteresse susceptible d'écraser les infiltrations nord-viêtnamiennes en provenance du Laos et de la DMZ.


Les premiers accrochages sérieux avec les Nord-Viêtnamiens ont lieu en avril 1967, lorsque des patrouilles de Marines sont prises en embuscade au nord-ouest de la base. En juillet, les deux bataillons de Marines du 3rd Regiment affrontent des bataillons de réguliers de l'armée nord-viêtnamienne pour le contrôle des collines avoisinantes : c'est la « bataille des collines » ou première bataille de Khe Sanh. Les Marines s'emparent de la colline 861 à 5 km au nord-ouest et, un peu plus loin, des deux collines jumelles 881 nord et sud. La première est bientôt abandonnée, mais la seconde est conservée, et à raison : elle se trouve juste dans l'axe de la piste de la base sur laquelle elle offre d'ailleurs un panorama complet. Les deux collines sont transformées en « firebases » : un périmètre barbelé de 70x140 m est établi, la végétation est abattue sur 200-300 m au niveau des pentes des collines, une zone d'atterrissage pour hélicoptères est dégagée, et des garnisons de 200 à 600 Marines sont installées. La colline 881 sud est armée également de 3 Howitzers de 105 mm pour couvrir la colline 861 et la base. A la fin de l'été, deux bataillons et l'état-major régimentaire du 26th Marines, 3rd Division, sont présents à Khe Sanh, commandés par le colonel David Lownds, pour remplacer le 3rd Regiment épuisé. En août et en septembre, le Vietcong coupe la route 9 et jusqu'à la fin de l'année 1967, il multiplie les activités à proximité de la base. Les services de renseignement américains estiment alors que deux divisions ou plus de réguliers nord-viêtnamiens sont installées à promixité de Khe Sanh, soit 20 000 hommes4.











Le 2 janvier 1968, six officiers nord-viêtnamiens déguisés avec des uniformes américains sont tués alors qu'ils sont en reconnaissance des positions de la base. Les services de renseignement estiment que 50 000 Nord-Viêtnamiens se préparent à attaquer. Le général Westmoreland prévoit un appui aérien massif en cas d'attaque. Plus de 250 senseurs électro-chimiques, sismiques, infra-rouges et acoustiques sont disséminés par des appareils aux alentours de la base. Ils doivent fournir une première alerte des concentrations et des mouvements de troupes ennemies. Les Nords Viêtnamiens disposent devant Khe Sanh deux de leurs meilleures divisions régulières, les divisions 304 et 324. Deux autres, les 325C et 320, participent à quelques combats (contre Camp Carroll pour la seconde). Deux régiments d'infanterie indépendants, les 5ème et 9ème, sont aussi impliqués. Ils disposent de leur artillerie organique et même de quelques blindés légers amphibie PT-76 fournis par les Soviétiques, qui ne sont pas utilisés dans le siège, mais contre le camp des forces spéciales à Lang Vei 5.




Fin janvier, 1 000 Marines supplémentaires arrivent pour défendre la base. Le 20 janvier, un lieutenant déserteur de l'armée nord-viêtnamienne avertit que l'attaque est pour le lendemain. Juste après minuit, un intense barrage d'artillerie, de mortiers et de roquettes s'abat sur la « firebase » de la colline 861. Un premier groupe d'assaut de 300 Nord-Viêtnamiens, sous couvert de fumigènes, ouvre une brèche de 75 m dans le périmètre défensif. Les assaillants arrivent à la zone d'atterrissage d'hélicoptères, mais sont repoussés avec l'aide d'un tir de mortiers de la colline 881 Sud. Quelques minutes après le barrage sur la colline 861, un autre frappe la base elle-même. Une roquette de 122 mm touche le principal dépôt d'essence et de munitions du camp. 1 500 tonnes de munitions partent en fumée, lâchant du gaz lacrymogène dans l'atmosphère et propulsant des obus brûlants non explosés. Les Nord-Viêtnamiens attaquent et s'emparent aussi de la ville de Khe Sanh. 98 % des munitions du camp ont été détruites, tuant 18 Marines et en blessant 40 autres. La piste est intacte seulement sur 600 m ; 7 hélicoptères ont été détruits. Le colonel Lownds estime qu'il faut un ravitaillement quotidien de 170 t pour espérer tenir la position. Le siège de Khe Sanh va durer 77 jours, jusqu'au 8 avril 1968.




Les attaques des Nord-Viêtnamiens sont fréquentes, mais assez espacées. Fin janvier, 45 B-52 frappent au Laos un quartier-général supposé de l'ennemi identifié par interception radio. Le 5 février, les Nord-Viêtnamiens lancent un assaut contre la colline 861, repoussé grâce à l'appui-feu aérien et à l'artillerie pour la deuxième vague de la taille d'un bataillon. Le 7 février, le camp des forces spéciales à Lang Vei est pris d'assaut par l'ennemi ; le lendemain, un poste d'observation avancé à 500 m à l'ouest de la base est pris également, puis repris par une force de secours des Marines lourdement soutenue par l'aviation. Le 23 février, pas moins de 1 307 obus tombent sur la base, dont un tiers tiré par l'artillerie nord-viêtnamienne. Deux jours plus tard, les patrouilles détectent un réseau de tranchées qui s'approchent du périmètre. Le 29 février, trois assauts infructueux sont lancés par les Nord-Viêtnamiens contre le bataillon de Rangers de l'armée sud-viêtnamienne qui défend l'extrémité est de la base 6.




Le bombardement de Khe Sanh continue en mars, mais la deuxième de ce mois, l'activité ennemie se réduit. A la fin du mois, le retrait de forces nord-viêtnamiennes se confirme et les Marines reprennent les patrouilles offensives. Un combat de trois heures le 30 mars est la dernière grande action du siège. Le 1er avril, la 1ère division de cavalerie aéromobile lance l'opération Pegasus pour dégager la route 9. Les Nord-Viêtnamiens retardent quelques jours la progression puis se retirent. Des troupes fraîches sud-viêtnamiennes sont héliportées dans la base de Khe Sanh le 6 avril, suivis d'éléments de la 1ère division de cavalerie aéromobile deux jours plus tard.




Un « Dien Bien Phu à l'envers » ? L'opération Niagara :





Une routine quotidienne s'installe. Chaque matin, la base est bombardée juste avant l'aube. Des tirs de canons, mortiers et roquettes frappent Khe Sanh le reste de la journée. Le nombre d'obus tirés sur le camp varie de moins d'une centaine à plusieurs centaines par jour, tout signe d'activité entraînant des bombardements. Les Nord-Viêtnamiens ont en effet camouflé des mortiers lourds et des lance-roquettes de 122 mm dans la végétation sur le pourtour de la base, dont la colline 881 Nord. Des canons de 130 et 152 mm sont placés dans des grottes au sein des montagnes laotiennes, à 25 km. Les pièces sont tirées de leur abri pour faire feu et rentrées rapidement pour éviter tout tir de contre-batterie ou frappe aérienne. Les canons laotiens sont hors de portée de tir de l'artillerie des Marines et ne sont pas inquiétés pendant le siège 7.




Au début de l'attaque, 6 500 Marines se trouvent dans la base. Le gros de la défense est constitué par 5 bataillons de Marines, un bataillon de Rangers de l'armée sud-viêtnamienne et des éléments de soutien. Les 21 véhicules présents comprennent notamment 6 chars équipés d'un canon de 90 mm et 10 M-50 Ontos armés chacun de 6 canons sans recul de 106 mm. On trouve aussi 4 Dusters avec soit deux canons de 40 mm, soit 4 mitrailleuses lourdes de 12,7 mm. Les Marines disposent de 6 mortiers de 4,2 pouces, de leurs mortiers organiques de 81 mm, de 18 Howitzers de 105 mm, de 6 Howitzers de 155 mm et de 90 canons sans recul de 106 mm, dont ceux montés sur les Ontos. La base bénéficie aussi du soutien apporté par les 16 canons auto-propulsés M-107 de 175 mm qui se trouvent à Rockpile et Camp Carroll. Pendant le siège, seulement trois pièces d'artillerie des Marines seront détruites par l'artillerie adverse, dont une pièce de 155 mm qui attendait d'être embarquée sur la piste 8.



 Le M-50 Ontos est armé de 6 canons sans recul de 106 mm à la puissance de feu dévastatrice.







La concentration des troupes ennemies autour de Khe Sanh va fournir aux Américains la cible la plus impressionnante pour leur puissance de feu de toute la guerre du Viêtnam 9. Le général Westmoreland lui-même choisit le nom de code « Niagara » pour l'opération de coordination de tous les moyens disponibles dans la mission d'appui-feu de la base de Khe Sanh. Il a même créé un groupe chargé d'envisager l'utilisation de bombes nucléaires tactiques sur les concentrations nord-viêtnamiennes10. Niagara I est la phase de renseignement et de repérage des cibles ; Niagara II, le pilonnage par l'artillerie et l'aviation combinées ou non. La sélection des cibles repose beaucoup sur la section de renseignements (S-2) de la compagnie d'état-major du quartier général du 26th Marines. Celle-ci avait connaissance des tactiques employées par les Nord-Viêtnamiens à Dien Bien Phu en 1954 et à Con Thien en 1967, autre siège où l'attaque nord-viêtnamienne avait été brisée par la puissance de feu américaine11. Les Américains peuvent aligner au total, au Viêtnam, pas moins de 2 000 avions et 3 300 hélicoptères pour soutenir Khe Sanh. Aux F-105 Thunderchief et F-4 Phantom de l'Air Force et aux F-4 et A-4 Skyhawk de l'US Navy fut souvent préféré le A-6 Intruder de cette dernière, capable d'opérer par tous les temps. Pour compenser ce problème, les appareils américains font un usage massif du napalm et des bombes à sous-munitions, car les frappes concernent surtout des zones et pas des objectifs précis.








Plusieurs moyens sont employés pour réunir des renseignements. Le corps des Marines, à tous les échelons, en fournit ; le système des capteurs se révèle précieux. Des observateurs aériens, terrestres, des photos de reconnaissance participent à l'effort. L'analyse des tirs ennemis, des départs de coups, des sources de chaleur par infrarouge et l'interception radio permirent aussi d'obtenir des résultats. Les patrouilles des Marines, des forces spéciales, de la CIA donnent des renseignements au Fire Support Coordinating Center (FSCC) de la base, qui contrôle l'appui-feu, dirigé par le lieutenant-colonel Hennelly.







Les Nord-Viêtnamiens, après avoir voyagé sur la piste Hô Chi Minh par le Laos, construisent des bases logistiques à quelques milliers de mètres de la base de Khe Sanh. Ils entament ensuite à partir de ces bases la construction d'un réseau de tranchées menant jusqu'au périmètre défensif. Ce réseau est repéré par les Américains les 23-25 février 1968. Ensuite, les Nord-Viêtnamiens construisent un deuxième réseau de tranchées parallèle aux défenses de la base, pour lancer des attaques contre celles-ci. La première tâche du FSCC est donc de perturber l'acheminement sur les bases logistiques, ce qui ralentit la construction des tranchées, mais ne l'interrompt pas. Comme le FSCC n'a pas les moyens logistiques de saturer le réseau de tranchées sous un violent barrage d'artillerie, il change de tactique. L'ennemi est autorisé à construire ses tranchées au plus près de façon à mieux les repérer. Les senseurs se révèlent aussi efficaces : dans la nuit du 3-4 février, ils détectent quelques 2 000 soldats nord-viêtnamiens en train de se concentrer au nord-ouest de Khe Sanh. Un barrage d'artillerie est dirigé sur sa position et les troupes nord-viêtnamiennes sont complètement annihilées dans leurs zones de rassemblement.




L'étude des cratères provoqués par les explosions d'obus ennemis permet aussi de localiser certaines batteries adverses. Ce fut l'oeuvre en particulier du Staff Sergeant Bossiz Haris, du 1st Battalion-13th Marines. Le colonel Lownds, le commandant de la base, entre souvent dans le bunker du FSCC pour désigner un objectif au hasard sur la carte et faire diminuer ainsi par l'exercice le temps de réaction des tirs de contre-batterie. Durant la bataille de Khe Sanh, le 1st Battalion-13th Marines fait tirer au total 158 891 obus en soutien du 26th Marines. Un observateur des Marines sur la colline 881 Sud, le Lance Corporal Molimao Niuatoa (d'une famille originaire des Samoa), a une vue particulièrement aiguisée. Observant le terrain avec des binoculaires, il aperçoit le flash de départ d'une pièce ennemie à 12 ou 13 000 m de distance. Comme la pièce est hors de portée de l'artillerie du camp, il faut faire appel à l'aviation. Un appareil d'observation tire une roquette fumigène pour marquer la cible dans la zone désignée par Niuatoa, bien qu'il ne la voit pas précisément. Un A-4 Skyhawk des Marines largue une bombe de 225 kg sur le fumigène. Niuatoa corrige le tir qui a été inefficace en dialoguant avec l'appareil d'observation et, au quatrième passage, un coup direct est obtenu 12




 Un A-4 Skyhawk est catapulté du pont du porte-avions USS Bonhomme Richard pour aller frapper des objectifs au Viêtnam, mars 1967.




A Khe Sanh, tous les types d'appareils américains opérant au Viêtnam ou presque sont engagés, des B-52 aux Skyraiders à hélice. En février 1968, 77 % des sorties aériennes de l'US Navy concernent des objectifs à Khe Sanh ou aux alentours. Un aviateur de la marine qui observa les effets de sa bombe de 500 kg à retard lâchée dans le système de tranchées nord-viêtnamiens parle « d'un volcan en éruption ». Après que les attaques aériennes aient démoli plus de 50 m de tranchées dans ce secteur, la construction en est stoppée. Les pilotes des Marines lâchent quant à eux 17 015 t de bombes en 7 078 sorties et les appareils tactiques de l'US Air Force 14 223 t de bombes en 9 691 sorties. Les appareils de l'Air Force, de la Navy et des Marines ont effectué en tout près de 300 missions quotidiennes. Les deux tiers des avions ont lâché bombes et napalm en étant guidés par le radar de Khe Sanh. La nuit, des lâchers de fusées éclairantes ont lieu tandis que les canonières volantes AC-47 et AC-130 (armées de mitrailleuses de 12,7 mm, de 6 Miniguns ou de 4 canons de 40 mm Bofors dans le fuselage) tournoient au-dessus du camp et surtout au-dessus des collines, positions vitales pour conserver Khe Sanh.





L'arc-en-ciel de la mort sur Khe Sanh :





Les interventions aériennes les plus spectaculaires furent bien sûr celles des B-52 Stratofortress. Ceux-ci appartenaient au 4133rd Provisional Heavy Bombardment Wing basé à Andersen Air Force sur l'île de Guam et au 4258th Strategic Bombardment Wing basé en Thaïlande. Les B-52, conçus au départ pour transporter des armes nucléaires, pouvaient charger 45 tonnes de bombes conventionnelles chacun : leurs interventions, baptisées « Arcs de lumière », visent les concentrations de troupes, les dépôts d'approvisionnement et les bunkers ennemis. Les cibles étaient rentrées dans les ordinateurs de bord et les bombes lâchées à 10 000 m d'altitude. Des B-52, volant en groupes V de trois appareils à haute altitude et guidés par les radars au sol, sont présents quotidiennement au-dessus de la base. Chaque formation lâche 75 tonnes de bombes de 225 kg et sature une zone de 800 m de large sur 18 km de long. Une moyenne de 11 de ces formations de trois B-52 ont opéré au-dessus de Khe Sanh chaque jour 13. Chaque cellule de B-52 (trois appareils) peut traiter avec ses bombes une case de la carte en grille définie pour l'opération « Niagara ». L'impact des bombardements des B-52 est tel que beaucoup de soldats nord-viêtnamiens sont tout simplement victimes d'un effet de choc, hébétés avec saignements de nez et des oreilles. Les Marines en recueillent souvent un certain nombre sans résistance après les bombardements. Généralement, les artilleurs de Khe Sanh pilonnent la zone cible des « Arcs de Lumière » pour éliminer les soldats ennemis « sonnés », 10 à 15 mn après le passage des B-52. Au total, ceux-ci lâchent 59 542 t de bombes au cours de 2 548 sorties. Les Nord-Viêtnamiens, sachant que les B-52 n'ont pas le droit de frapper à moins de 3 km des troupes amies pour éviter les tirs fratricides, essayent de se rapprocher du périmètre américain la nuit. Le 29 février, les B-52 frappent plus près que d'ordinaire et détruisent deux bataillons adverses. Cependant, les effets des frappes sont limitées par le temps nécessaire à l'appel des B-52 : il faut prévenir 15h avant les frappes, ce qui en diminue la souplesse d'utilisation. C'est pourquoi le FSCC mit au point les « Mini Arcs de lumière »14 .








Quand une concentration ennemie est repérée, le FSCC définit une zone de 500x1000 m au coeur de l'espace visé. 2 A-6 Intruders armés chacun de 28 bombes de 225 kg sont placés en l'air. Les automoteurs de 175 mm M-107 ouvrent le feu depuis Rockpile ou Camp Carroll en expédiant 60 obus sur la moitié de la zone. Trente secondes plus tard, les A-6 larguent leur chargement sur le centre même du secteur. Dans le même temps, l'artillerie de Khe Sanh tire 200 obus de canons ou de mortiers sur la cible. Le tout peut être effectué en 45 mn. Pour encore plus de souplesse, on mit au point également des « Micro Arcs de Lumière » sur une zone encore plus petite de 500x500 m. 12 à 16 bombes de 225 kg, 30 obus de 175 mm et 100 autres des batteries de Khe Sanh sont tirés en dix minutes. Lors d'une nuit moyenne de combat, 3-4 Minis et 6-8 Micros sont réalisés. 



 Un Howiter 105 mm fait feu depuis la base de Khe Sanh. Les feux de l'artillerie américaine se révèlent précieux pour stopper les assauts nord-viêtnamiens.




Durant la deuxième semaine de février, un « Mini Arc de Lumière » spécial est dirigé contre un QG nord-viêtnamien. Les officiers du S-2, 26th Marines, ont en effet appris selon diverses sources qu'une réunion d'officiers nord-viêtnamiens et de leurs états-majors doit avoir lieu dans une école abandonnée près de la frontière laotienne. Pour cette frappe, la zone-cible est réduite à 500x300 m. Vingt minutes après le début supposé de la réunion, le piège se déclenche. 2 A-6 Intruders et 4 F-4 Phantoms larguent 152 bombes de 225 kg sur l'objectif accompagnées de plus de 350 obus tirés par 8 batteries d'artillerie. La cible est détruite, mais on ne sut jamais si les officiers nord-viêtnamiens étaient bien présents ce soir-là dans l'école en ruines 15.







Autre tactique utilisée par l'artillerie de la base pour empêcher les assaillants d'atteindre le fil de fer barbelé du périmètre, en profitant de la technique d'attaque nord-viêtnamienne en colonnes : quand l'ennemi lance l'attaque, l'artillerie cible le bataillon de tête pour le séparer des réserves. Trois batteries l'encadrent sur trois côtés, tandis que la dernière prend pour cible le dernier côté, en face des positions amies, et effectue un barrage roulant en direction du côté opposé 16.





Conclusion : une démonstration de puissance de feu... pour rien ?





A Khe Sanh, contrairement à Dien Bien Phu, les Américains disposent d'un nombre considérable d'appareils pour les missions d'appui rapproché. Les avions et les canonières ont été indispensables, en particulier, pour garantir le contrôle des collines. Les raids des B-52 ont désorganisé les lignes de ravitaillement adverses et détruit les concentrations de troupes. A défaut de l'aviation, les Marines ont aussi pu faire appel à leur artillerie, et à celle basée à distance en dehors du camp. Mais c'est surtout la capacité à ravitailler par hélicoptère et avion de transport les positions des Marines qui a pesé dans la balance. L'utilisation de l'artillerie et de l'aviation à Khe San, avec une écrasante supériorité de puissance de feu sur l'adversaire, a donc surtout servi à démontrer la capacité des Américains à infliger de sérieuses pertes à un corps nord-viêtnamien attaquant une position fortifiée, dans l'esprit de la création du camp de Dien Bien Phu en 1954 17.




Le général Westmoreland était persuadé que les Nord-Viêtnamiens espéraient emporter la base de Khe Sanh comme ils l'avaient fait à Dien Bien Phu contre les Français. La puissance de feu américaine fut un élément essentiel pour empêcher l'histoire de se répéter lors du siège de Khe Sanh. Les unités impliquées dans Niagara furent créditées de 4 705 explosions secondaires, 1 288 ennemis tués, 1 061 structures détruites, 158 endommagés, 891 bunkers éliminés, 99 endommagés, 253 camions mis hors de combat et 52 endommagés. Les estimations des pertes nord-viêtnamiennes dues aux frappes, tués et blessés, vont de 9 800 à 13 000 hommes, tout en sachant que ces statistiques sont seulement des estimations réalisées à partir de modèles théoriques ; mais cela représente, si l'on prend le chiffre médian de 10 000 pertes, la moitié du corps d'assaut nord-viêtnamien supposé avoir mené le siège. Ce chiffre constitue aussi la moitié des morts ennemis abattus durant l'offensive du Têt dans ce secteur. En tout plus de 100 000 tonnes de bombes furent larguées sur les assaillants – 1 300 par jour, et 5 par combattant adverse !




Les Nord-Viêtnamiens, pourtant, ne s'inquiétèrent pas trop de leur revers à Khe Sanh, monté en épingle par le commandement américain. La base de Khe Sanh fut abandonnée par les Américains dès le mois de juin 1968, évacuation qui précède de peu la mise en place de la politique de « viêtnamisation », développée ensuite jusqu'à la fin du conflit. Le succès défensif américain ne fut donc d'aucune importance sur le déroulement de la guerre : aujourd'hui encore, les historiens militaires se battent pour savoir quel était véritablement l'objectif de Hanoï en assiégeant le camp de Khe Sanh. Diversion pour camoufler les véritables points forts de l'offensive du Têt, ou réédition d'une stratégique qui avait fonctionné à Dien Bien Phu ? « L'enigme de Khe Shan » n'a pas encore fini de faire couler de l'encre.



Bibliographie :



William A. BARRY, « Air Power in the siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, octobre 2007.  

Peter BRUSH, « Operation Niagara : Siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, 1998.  


Gregory C. KANE, « Air Power and its rôle in the battle of Khe Sanh and Dien Bien Phu », The Research Department Air Command and Staff College Maxwell AFB AL, mars 1997.  

Moyers S. SHORE II, « Part VI : Supporting Arms and Intelligence », The Battle for Khe Sanh, Historical Branch, C-3 Division Headquarters, U. S. Marine Corps Washington, D. C. 20380, 1969, p.93-113.



1 William A. BARRY, « Air Power in the siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, octobre 2007.


2 Gregory C. KANE, « Air Power and its rôle in the battle of Khe Sanh and Dien Bien Phu », The Research Department Air Command and Staff College Maxwell AFB AL, mars 1997.


3 Les unités du génie militaire de la marine ; le surnom vient de la prononciation en anglais de leurs initiales, Construction Battalions.


4 William A. BARRY, « Air Power in the siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, octobre 2007.


5 Gregory C. KANE, « Air Power and its rôle in the battle of Khe Sanh and Dien Bien Phu », The Research Department Air Command and Staff College Maxwell AFB AL, mars 1997.


6 William A. BARRY, « Air Power in the siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, octobre 2007.


7 William A. BARRY, « Air Power in the siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, octobre 2007.


8 Peter BRUSH, « Operation Niagara : Siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, 1998.


9 Peter BRUSH, « Operation Niagara : Siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, 1998.


10 Gregory C. KANE, « Air Power and its rôle in the battle of Khe Sanh and Dien Bien Phu », The Research Department Air Command and Staff College Maxwell AFB AL, mars 1997.


11 Peter BRUSH, « Operation Niagara : Siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, 1998.


12 Moyers S. SHORE II, « Part VI : Supporting Arms and Intelligence », The Battle for Khe Sanh, Historical Branch, C-3 Division Headquarters, U. S. Marine Corps Washington, D. C. 20380, 1969, p.93-113.


13 William A. BARRY, « Air Power in the siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, octobre 2007.


14 Peter BRUSH, « Operation Niagara : Siege of Khe Sanh », Vietnam Magazine, 1998.


15 Moyers S. SHORE II, « Part VI : Supporting Arms and Intelligence », The Battle for Khe Sanh, Historical Branch, C-3 Division Headquarters, U. S. Marine Corps Washington, D. C. 20380, 1969, p.93-113.


16 Moyers S. SHORE II, « Part VI : Supporting Arms and Intelligence », The Battle for Khe Sanh, Historical Branch, C-3 Division Headquarters, U. S. Marine Corps Washington, D. C. 20380, 1969, p.93-113.


17 Gregory C. KANE, « Air Power and its rôle in the battle of Khe Sanh and Dien Bien Phu », The Research Department Air Command and Staff College Maxwell AFB AL, mars 1997.

Publié par Stéphane Mantoux. à l'adresse 10:34

Libellés : artillerie, aviation, Khe Sanh, Niagara, Nord-Viêtnam
Réactions : 


2 commentaires:

Dark Vador a dit… Que la bataille de Khe Sanh n'ait pas pesé stratégiquement sur le cours du conflit vietnamien, cela est vrai. En revanche, vouloir poser la question de savoir si elle fut "une démonstration de puissance de feu... pour rien" paraît bien superficielle.

La deuxième bataille de Khe Sanh – celle que le grand public a essentiellement retenue – ne peut pas se comprendre sans le contexte plus large de l’offensive du Têt. Contexte sur lequel l’auteur de l’article ci-dessus n’insiste pas beaucoup. Car cette offensive de grande ampleur, qui frappe une quarantaine de villes sud-vietnamiennes en une nuit et dure plusieurs mois, intègre une véritable vision stratégique des opérations, à savoir le déclenchement d’un soulèvement populaire qui amènerait la rapide désagrégation des institutions du Sud-Vietnam. L’offensive du Têt est avant tout conçue à partir d’objectifs politiques et psychologiques. Hô Chi-Minh et Giap portant un coup au moment où le général Westmoreland apaisait l’opinion publique américaine au travers de communiqués aussi lénifiants qu’optimistes quant à l’issue du conflit, la chute de Khe Sanh aurait été particulièrement catastrophique.

En une seule offensive (celle du Têt), Giap perdit en hommes pratiquement ce que les Américains perdirent en dix années de conflit. Ce fut une véritable saignée pour le Nord-Vietnam qui, pourtant, parvint à transformer cette défaite en victoire médiatique et psychologique. Quand on prend la mesure de l’effet que certaines images ont exercé sur l’opinion américaine et occidentale, imaginons qu’à l’assaut de l’ambassade US dans Saïgon, ou qu’à l’exécution du vietcong Nguyen Van Lem par le colonel Nguyen Ngoc Loan, se soit ajouté l’anéantissement de la base de Khe Sanh… L’histoire de l’offensive du Têt aurait été différente, quel que soit le dénouement de la guerre du Vietnam.

Sauver les US marines dans Khe Sanh n’était pas “une démonstration de puissance de feu pour rien” au regard de la force des propagandes et des opinions publiques. Ne pas rééditer Diên Biên Phu était un objectif psychologique essentiel bien plus que tactique pour les Américains.

La vraie démonstration de Khe Sanh, cependant, celle qui en fait sous-entend l’écrasante puissance de feu, est logistique. L’armée américaine a prouvé qu’elle pouvait soutenir en permanence une base totalement encerclée alors que la piste d’aviation – le véritable poumon de la garnison – de ladite base était battue par les feux de l’artillerie ennemie durant toute la durée de la bataille (utilisation du Low Altitude Parachute Extraction System). La noria des appareils cargos a entre autres donné à l’artillerie des marines une capacité de riposte et de soutien, alors que dans le même temps les frappes de l’Air force et de la Navy protégeaient les abords de la base et desserraient l’étau de l’ANV.

Autre démonstration également, l’armée américaine se retire de Khe Sanh en détruisant en quelques jours une base que l’ANV n’a pu détruire en plusieurs mois de siège, et avec un grand renfort d’artillerie. Si l’historiographie de la guerre du Vietnam peut encore discuter du sens stratégique à donner à l’évacuation de Khe Sanh, l’armée américaine a prouvé tout au long de cette bataille une remarquable maîtrise tactique et logistique, conservant l’initiative tout au long de la bataille et sauvant les marines encerclés. C’est tout ce qui a manqué au corps expéditionnaire français en 1954, et ce n’est pas “rien”.

Bibiographie complémentaire

1. CURREY (Cecil B), Vo Nguyên Giap. Viêt-nam (1940-1975). La victoire à tout prix, Paris, Phébus, 2003, 524 p.
2. HANSON Victor Davis, Carnage et culture. Les grandes batailles qui ont fait l’Occident, Paris, Flammarion, 2002, 600 p.
3. SHEEHAN Neil, L’innocence perdue, Paris, Éditions Le Seuil, 1990, 662 p.
12 juillet 2010 19:20


Stéphane Mantoux. a dit… Bonjour,

En effet, j'ai volontairement omis de m'étendre davantage sur l'offensive du Têt, car ce n'était pas mon propos. Je m'intéressais d'abord à la question précise de l'appui-feu en soutien des Marines lors du siège, en relation avec le thème "Artilleries" de l'Alliance Géostratégique, comme cela est indiqué en tête de l'article.

Que l'offensive du Têt ait été une défaite militaire pour le Nord-Viêtnam et son allié Viêtcong, on en conviendra évidemment. Ceci dit, l'objectif psychologique et médiatique de Giap a bien été atteint : en quelques semaines, la crédibilité militaire des Etats-Unis a été vaporisée, ainsi que tous les "gains" tactiques engrangés depuis l'intervention de 1964-1965.

Le titre de ma conclusion était volontairement provocateur : si la victoire tactique des Américains à Khe Sanh est là, que reste-t-il sur le plan stratégique ? Pas grand chose, d'où d'ailleurs la bataille historiographique sur l'importance du siège côté nord-viêtnamien : véritable tentative de rééditer Dien Bien Phu ou bien diversion pour mieux leurrer les Américains sur l'ampleur et les objectifs importants de l'offensive du Têt ?

Je suis en revanche d'accord avec vous sur l'aspect logistique, qui mériterait un article en soi, il y a beaucoup à dire sur le sujet.

Une référence sur la question :

Sam Mc Gowan, Operation Niagara : Airlifters to the Rescue.

http://www.historynet.com/operation-niagara-airlifters-to-the-rescue.htm

Car, d'ailleurs, l'essentiel de la bibliographie sur le sujet est en anglais : je dois d'ailleurs m'y mettre, car c'est la première fois que je travaillais sur la bataille. Bien sûr, je ne prétends pas m'ériger en spécialiste de la question, ce n'est pas le cas ; mais il faut bien commencer par quelque chose, vous en conviendrez !

Merci encore pour votre commentaire et à bientôt.


Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:34 (2016)    Sujet du message: La guerre du Viêtnam( et du Laos)

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     laos, le pays des millions de sourires Index du Forum -> DECOUVRIR LE PAYS -> Histoire Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | créer son forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
darkages Template © larme d'ange
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com